{"id":1258,"date":"2014-06-12T12:34:46","date_gmt":"2014-06-12T11:34:46","guid":{"rendered":"http:\/\/hexagone2016.theatre-hexagone.net\/?page_id=1258"},"modified":"2014-06-12T12:34:46","modified_gmt":"2014-06-12T11:34:46","slug":"lhomme-cyborg","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/lhomme-cyborg\/","title":{"rendered":"L’homme cyborg"},"content":{"rendered":"
Par Pierre-Alain Four,<\/strong> sociologue et directeur artistique de l\u2019Ensemble Bor\u00e9ades<\/p>\n \n Ezra, un beat boxer charismatique, et les membres de la Cie Organic Orchestra, ont con<\/strong>\u00e7u <\/strong>\u2013en mixant le savoir faire d<\/strong>\u2019un gantier grenoblois et des technologies disponibles au CEA<\/strong>\u2013, une manicle truff<\/strong>\u00e9e d<\/strong>\u2019\u00e9lectronique qui permet de piloter, depuis la sc<\/strong>\u00e8ne, effets visuels et sonores. Dot<\/strong>\u00e9 d<\/strong>\u2019acc<\/strong>\u00e9l<\/strong>\u00e9rom<\/strong>\u00e8tres et de capteurs de mouvements, mais conservant l<\/strong>\u2019apparence d<\/strong>\u2019un simple gantelet de chevreau noir, cet accessoire constitue l<\/strong>\u2019enjeu majeur du spectacle Bionic Orchestra 2.0 <\/em>qui, tout en renouvelant la pratique du beat box, introduit une r<\/strong>\u00e9flexion sur les relations entre l<\/strong>\u2019homme et la machine. Homme augment<\/strong>\u00e9 d<\/strong>\u2019une console de mixage dissimul<\/strong>\u00e9e dans la seconde peau que constitue ce gant, Ezra compose une partition immersive, radicalement diff<\/strong>\u00e9rente de l<\/strong>\u2019ordinaire et o<\/strong>\u00f9 le spectaculaire n<\/strong>\u2019est jamais l<\/strong>\u00e0 o<\/strong>\u00f9 on l<\/strong>\u2019attend. <\/strong><\/p>\n \u00c7a commence \u00e0 voix et \u00e0 main nue\u00a0: Ezra entre sur sc\u00e8ne. Une sc\u00e8ne\u00a0? Ou plut\u00f4t un lieu con\u00e7u pour un rituel, o\u00f9 les spectateurs sont assembl\u00e9s autour d\u2019un homme, qui tel un feu follet, accroche toute l\u2019attention\u2026\u00a0 Une communaut\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re se forme l\u00e0, immerg\u00e9e de sons et baign\u00e9e de projections vid\u00e9o. Elle est aussi prot\u00e9g\u00e9e par un cocon de paravents translucides, fragiles et myst\u00e9rieux, \u00e9voquant les nervures d\u2019une aile de libellule.<\/p>\n Bionic orchestra 2.0<\/em>\u00a0<\/em>s\u2019affirme d\u2019embl\u00e9e comme une installation participative, \u00e0 la fois archa\u00efque et contemporaine. Une intimit\u00e9 se cr\u00e9e presque imm\u00e9diatement avec Ezra, qui donne l\u2019illusion que les spectateurs peuvent tendre la main pour entrer dans sa transe. Et de fait, ils seront invit\u00e9s \u00e0 participer, en maniant des cubes de papiers o\u00f9 sont poin\u00e7onn\u00e9s des symboles qui, lorsqu\u2019on les effleure, d\u00e9clenchent des effets visuels et sonores\u2026 Mais au d\u00e9but du spectacle, Ezra arrive seul, muni d\u2019un simple micro \u00e0 fil, v\u00eatu d\u2019amples v\u00eatements noirs, shaman contemporain d\u00e9roulant un splendide prologue en beat box. Venus de sa bouche et de sa gorge, les sons, les percussions, les imitations s\u2019accumulent et se m\u00ealent jusqu\u2019\u00e0 saturer compl\u00e8tement l\u2019espace, puis d\u00e9croissent et disparaissent, aussi myst\u00e9rieusement ou presque, qu\u2019ils \u00e9taient venus.<\/p>\n Ezra s\u2019impose alors en ma\u00eetre d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie dont les \u00e9l\u00e9ments se d\u00e9voilent et se cachent, dans une symphonie construite \u00e0 vue, une crypte improbable et fragile de sons et de lumi\u00e8res. Peu \u00e0 peu, le spectacle s\u2019\u00e9loigne de la pure virtuosit\u00e9 vocale, Ezra semble entrer comme par magie en dialogue avec les \u00e9l\u00e9ments qui l\u2019entourent. Mais entre-temps, il a mis, assez c\u00e9r\u00e9monieusement tout de m\u00eame, un gant\u2026\u00a0Un gant tout simple en apparence, un beau gant de chevreau noir, qu\u2019on devine doux au toucher et gla\u00e7ant aussi. Sans jamais interrompre le charme ou la r\u00eaverie qu\u2019il a install\u00e9e, Ezra bouge et se d\u00e9place et chacun de ses gestes provoque un changement d\u2019atmosph\u00e8re. Et de fait, c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit\u00a0: d\u2019un homme d\u00e9miurge, qui commande aux \u00e9l\u00e9ments et aux machines, gr\u00e2ce \u00e0 sa main appareill\u00e9e d\u2019une interface dissimul\u00e9e dans une manicle hi-tech\u2026<\/p>\n \u00a0Allant bien au-del\u00e0 du beat box, Ezra transgresse les codes ordinaires de sa discipline \u2013produire des sons aussi vari\u00e9s que possible, sans aucune aide ext\u00e9rieure sinon une amplification sonore\u2013 pour s\u2019appareiller d\u2019un gant hyper sophistiqu\u00e9, anodin en apparence et pourtant capitonn\u00e9 d\u2019\u00e9lectronique. La technologie n\u2019est cependant pas au centre du dispositif, elle demeure cach\u00e9e, m\u00eame si le spectateur devine progressivement qu\u2019un syst\u00e8me informatique de pilotage est dissimul\u00e9 sous ses yeux. Au cours d\u2019un rite, dont on comprend qu\u2019il a fait passer Ezra du rang de simple mortel \u00e0 celui d\u2019artiste d\u00e9miurge, il sugg\u00e8re aussi l\u2019intense apprentissage que demande cette technologie pour pouvoir \u00eatre ma\u00eetris\u00e9e. Car Ezra est aussi ce bricoleur high tech, second\u00e9 par une \u00e9quipe de geeks parmi lesquels Fran\u00e7ois Pachoud, un \u00e9lectronicien et ing\u00e9nieur multim\u00e9dia touche-\u00e0-tout de g\u00e9nie. Il peut alors d\u00e9velopper un langage et une esth\u00e9tique qui lui sont propres, proposant une forme artistique \u00e0 nulle autre pareille.<\/p>\n Sans d\u00e9monstration pesante, par petites touches, Ezra laisse aussi entendre qu\u2019en s\u2019adjoignant une machine, il a aussi mis en jeu une part de son humanit\u00e9. Car bient\u00f4t, un doute se fait jour, et l\u2019on ne sait plus qui pilote le dispositif. Est-ce bien le beat boxer qui commande aux \u00e9l\u00e9ments d\u2019un simple mouvement de la main\u00a0? Est-ce lui qui saurait d\u2019une flexion du poignet envoyer boucles lumineuses et effets sonores\u00a0? Ou bien est-il devenu le jouet d\u2019un ordinateur trop puissant pour \u00eatre contenu par la seule volont\u00e9 humaine\u00a0?<\/p>\n Combinant influences cin\u00e9matographiques et r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires, Bionic Orchestra 2.0 <\/em>remet magnifiquement en jeu la question de la relation entre l\u2019homme et la machine. Sans jamais trancher, il pointe ce fantasme d\u2019un homme ma\u00eetre de sa volont\u00e9 et s\u2019inqui\u00e8te simultan\u00e9ment d\u2019une technologie capable de prendre le pas sur lui. Il le fait surtout sans recours au spectaculaire\u00a0: ici, pas d\u2019effets si sp\u00e9ciaux qu\u2019ils fascinent ou hypnotisent. La machine est cach\u00e9e, et c\u2019est probablement ce qui fait la force de l\u2019entreprise, suscitant interrogations et r\u00e9flexions. Pour autant, il y a une ind\u00e9niable dimension visuelle \u00e0 Bionic Orchestra 2.0<\/em>, une po\u00e9sie hypnotique, permettant \u00e0 la fois au spectateur de se laisser porter par un univers en train de se constituer, tout en l\u2019incitant \u00e0 s\u2019interroger sur ce processus. Cette subtile alchimie, entre mise en ab\u00eeme du spectacle et capacit\u00e9 \u00e0 garder une dimension onirique au spectacle lui-m\u00eame, est sans doute une des plus belles r\u00e9ussites de ce projet.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Par Pierre-Alain Four, sociologue et directeur artistique de l\u2019Ensemble Bor\u00e9ades Ezra, l\u2019homme qui valait plus qu\u2019un cyborg Ezra, un beat boxer charismatique, et les membres de la Cie Organic Orchestra, ont con\u00e7u \u2013en mixant le savoir faire d\u2019un gantier grenoblois et des technologies disponibles au CEA\u2013, une manicle truff\u00e9e d\u2019\u00e9lectronique qui permet de piloter, depuis […]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"100-width.php","meta":{"footnotes":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1258"}],"collection":[{"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1258"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1258\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1258"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}Ezra, l\u2019homme qui valait plus qu\u2019un cyborg<\/h2>\n
Le beat boxer en shaman des nouvelles technologies<\/h2>\n
Le d\u00e9miurge manipul\u00e9<\/h2>\n