{"id":1265,"date":"2014-06-12T12:47:05","date_gmt":"2014-06-12T11:47:05","guid":{"rendered":"http:\/\/hexagone2016.theatre-hexagone.net\/?page_id=1265"},"modified":"2014-06-12T12:47:05","modified_gmt":"2014-06-12T11:47:05","slug":"commuter-arts-sciences","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/commuter-arts-sciences\/","title":{"rendered":"Commuter arts sciences"},"content":{"rendered":"
Par Pierre-Alain Four,<\/strong> sociologue et directeur artistique de l\u2019Ensemble Bor\u00e9ades<\/p>\n \n Pour la r<\/strong>\u00e9alisation de Bionic Orchestra 2.0<\/em>, Ezra s<\/strong>\u2019est impos<\/strong>\u00e9 de g<\/strong>\u00e9rer une contradiction<\/strong>\u00a0: mettre en avant la technologie et les questions qu<\/strong>\u2019elle pose, tout en cherchant <\/strong>\u00e0 la rendre invisible ou au moins myst<\/strong>\u00e9rieuse<\/strong>\u2026 Cette probl<\/strong>\u00e9matique suppose le d<\/strong>\u00e9veloppement d<\/strong>\u2019outils sp<\/strong>\u00e9cifiques et le recours <\/strong>\u00e0 de nouvelles technologies, sans lesquelles son spectacle ne serait tout simplement pas r<\/strong>\u00e9alisable. Aussi, la r<\/strong>\u00e9sidence au sein de l<\/strong>\u2019Atelier Arts Sciences (AAS) de la Cie Organic Orchestra <\/strong>\u2013que dirige le beat boxer Ezra<\/strong>\u2013, a-t-elle constitu<\/strong>\u00e9 une <\/strong>\u00e9tape d<\/strong>\u00e9cisive dans la concr<\/strong>\u00e9tisation de son projet. <\/strong><\/p>\n Tant qu\u2019un cr\u00e9ateur demeure dans la sph\u00e8re directement artistique, il ne rencontre pas de difficult\u00e9s majeures pour s\u2019entourer. Son r\u00e9seau, ses habitudes de travail vont l\u2019aider \u00e0 rep\u00e9rer les professionnels dont il a besoin. Par exemple, lorsqu\u2019Ezra a \u00e9prouv\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de travailler sa gestuelle sur sc\u00e8ne, il s\u2019est adress\u00e9 \u00e0 une chor\u00e9graphe, Florence Loison en l\u2019occurrence. Mais dans Bionic Orchestra 2.0, <\/em>Ezra est \u00e0 la fois le concepteur, l\u2019auteur et l\u2019acteur du spectacle, aussi se trouve-t-il en premi\u00e8re ligne pour devoir trouver les collaborateurs qui lui seront indispensables pour mener \u00e0 bien son spectacle. Car, quelles que soient ses comp\u00e9tences, et celles d\u2019Ezra sont multiples, il va devoir s\u2019appuyer sur des professionnels ext\u00e9rieurs au champ culturel\u2026<\/p>\n Car, \u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019artiste change de sph\u00e8re et aborde des questions techniques ou scientifiques, il est souvent confront\u00e9 \u00e0 des obstacles, du fait qu\u2019il conna\u00eet beaucoup moins bien le milieu professionnel de la science. Il y sera moins \u00e0 l\u2019aise et simultan\u00e9ment aussi moins cr\u00e9dible [1]<\/strong>. D\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019un dispositif tel que l\u2019Atelier Arts Sciences, qui va entre autres accompagnements, aider un artiste \u00e0 rep\u00e9rer les comp\u00e9tences l\u00e0 o\u00f9 elles sont, et l\u2019appuyer lorsqu\u2019il voudra les solliciter. Quand il a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper de nouvelles mani\u00e8res de pratiquer le beat box, Ezra a tout d\u2019abord cherch\u00e9 \u00e0 se rapprocher d\u2019artistes sensibles \u00e0 ses pr\u00e9occupations. Ce faisant, il est entr\u00e9 en contact avec Yann Nguema (Cie Ez3kiel) qui \u00e9tait en r\u00e9sidence dans l\u2019AAS o\u00f9 il a d\u00e9velopp\u00e9 plusieurs projets en partenariat avec des ing\u00e9nieurs du CEA.<\/p>\n La structuration de l\u2019AAS, qui permet des r\u00e9sidences de travail au long cours \u00e0 des artistes s\u00e9lectionn\u00e9s sur dossier, s\u2019av\u00e8re alors particuli\u00e8rement adapt\u00e9e \u00e0 des recherches artistiques qui veulent articuler des questionnements sur un renouvellement du spectacle vivant en s\u2019appuyant sur des technologies innovantes. Ainsi, dans un premier temps, Thomas Pachoud ing\u00e9nieur multim\u00e9dia associ\u00e9 \u00e0 la Cie Organic Orchestra, quant il travaillait sur un syst\u00e8me, permettant de g\u00e9rer les applications d\u2019un smartphone, \u2013une interface utilis\u00e9e par Ezra dans ses premiers spectacles\u2013 s\u2019est assez vite heurt\u00e9 \u00e0 des difficult\u00e9s techniques. S\u2019il est n\u00e9anmoins parvenu \u00e0 r\u00e9aliser un prototype, celui-ci \u00e9tait aussi purement fonctionnel et difficilement int\u00e9grable \u00e0 un spectacle. Autrement dit l\u2019outil \u00e9tait approximatif, sans parler du fait qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas esth\u00e9tiquement satisfaisant. Il \u00e9tait somme toute plut\u00f4t moins pratique que le smartphone utilis\u00e9 en premi\u00e8re instance\u2026\u00a0C\u2019est la r\u00e9sidence au sein de l\u2019AAS qui a v\u00e9ritablement permis de passer \u00e0 une r\u00e9alisation exploitable en spectacle.<\/p>\n En effet, l\u2019AAS offre des conditions propices \u00e0 la d\u00e9couverte comme \u00e0 la r\u00e9alisation. Un artiste, qui travaille souvent en faisant des aller-retour entre ses intuitions et ses capacit\u00e9s de r\u00e9alisation, y trouve un cadre sans \u00e9quivalent ailleurs. De plus, l\u2019AAS permet de rep\u00e9rer les comp\u00e9tences qui lui font d\u00e9faut. Il peut notamment solliciter des chercheurs sensibles \u00e0 telle ou telle d\u00e9marche artistique, ou encore proposer des ateliers cr\u00e9atifs [2]<\/strong>, etc. Ce dispositif s\u2019av\u00e8re particuli\u00e8rement efficace pour accompagner le processus de cr\u00e9ation d\u2019un artiste. Pour Ezra, l\u2019intuition initiale qui l\u2019a conduit \u00e0 d\u00e9velopper un gant dissimulant des commandes \u00e9lectroniques, s\u2019est aussi trouv\u00e9e soutenue par la pr\u00e9sence \u00e0 Grenoble d\u2019une longue tradition ganti\u00e8re. On peut d\u2019ailleurs se demander s\u2019il serait venu \u00e0 Ezra et \u00e0 son \u00e9quipe, l\u2019id\u00e9e de travailler avec un gant, s\u2019ils n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 dans un environnement o\u00f9 le gant a une histoire aussi marquante qu\u2019\u00e0 Grenoble. Bien que cet artisanat ne soit plus aussi florissant qu\u2019il l\u2019a \u00e9t\u00e9 au cours des si\u00e8cles pass\u00e9s, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019AAS que ce savoir faire ancestral a pu \u00eatre combin\u00e9 avec la technologie de pointe pr\u00e9sente au CEA.<\/p>\n Dans la collaboration entre artiste et chercheur, il y a plusieurs \u00e9tapes au cours desquelles la rencontre entre le projet de l\u2019artiste et les comp\u00e9tences du chercheur vont s\u2019ajuster. S\u2019agissant de la mani\u00e8re dont les protagonistes ont travaill\u00e9 ensemble sur Bionic Orchestra 2.0<\/em>, les principaux acteurs de ce projet consid\u00e8rent que le processus s\u2019est mis en place ais\u00e9ment, \u00e0 partir du moment o\u00f9 la demande de l\u2019artiste a pu \u00eatre formul\u00e9e de mani\u00e8re pr\u00e9cise. En effet, lorsque Ezra a valid\u00e9 son souhait de disposer d\u2019un outil de gestion des effets visuels et sonores qui soit le plus possible int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 son corps, quand l\u2019id\u00e9e de fabriquer un gant s\u2019est affin\u00e9e, les relations avec les chercheurs du CEA ont pu s\u2019\u00e9panouir. Autrement dit, l\u2019artiste, comme n\u2019importe quel client, doit \u00eatre en mesure de d\u00e9finir une demande pour faire appel efficacement aux \u00e9quipes du CEA. Et plus sa demande sera pr\u00e9cise, et plus il pourra solliciter finement les comp\u00e9tences de cet \u00e9norme service de recherche. C\u2019est aussi \u00e0 ce moment-l\u00e0qu\u2019il devient n\u00e9cessaire de faire appel \u00e0 un technologue \u2013un sp\u00e9cialiste de la technologie\u2013 qui va \u00eatre en capacit\u00e9 d\u2019orienter l\u2019artiste au sein des diff\u00e9rentes comp\u00e9tences pr\u00e9sentes au CEA.<\/p>\n Mais il est rare qu\u2019un artiste sache d\u2019embl\u00e9e ce dont il a besoin. Il proc\u00e8de souvent par t\u00e2tonnements et par intuition, ayant en t\u00eate la r\u00e9alisation d\u2019un projet qui peut \u00e9voluer en cours de route. La d\u00e9marche d\u2019un artiste proc\u00e8de donc par allers retours successifs entre un horizon qui sera l\u2019\u0153uvre pr\u00e9sent\u00e9e au public, et des \u00e9tapes, qui viennent chacune rendre possible ou faire \u00e9voluer une id\u00e9e initiale. Lorsqu\u2019une cr\u00e9ation int\u00e8gre des \u00e9l\u00e9ments exog\u00e8nes au milieu artistique proprement dit \u2013ici une technologie de pointe\u2013, l\u2019\u00e9laboration de l\u2019\u0153uvre va s\u2019en trouver modifi\u00e9e au gr\u00e9 des opportunit\u00e9s que provoque l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un \u00e9l\u00e9ment inhabituel dans le processus de production. De plus, l\u2019artiste travaille aussi souvent par \u00e0-coups, selon une temporalit\u00e9 non lin\u00e9aire\u00a0et en fonction des disponibilit\u00e9s que lui laissent ses autres spectacles.<\/p>\n Compte tenu des mani\u00e8res de faire diff\u00e9rentes des artistes et des chercheurs, il est n\u00e9cessaire d\u2019inventer une m\u00e9thodologie de travail, pour que la libert\u00e9 propice \u00e0 l\u2019invention soit respect\u00e9e, tout en faisant en sorte que l\u2019artiste ait en t\u00eate les contraintes propres au dispositif dans lequel il va travailler. L\u2019AAS offre en effet des conditions de travail assez diff\u00e9rente de tout ce qu\u2019il a pu conna\u00eetre par ailleurs\u00a0: rares sont les r\u00e9sidences d\u2019artistes qui int\u00e8grent la pr\u00e9sence de chercheurs\u00a0! Par ailleurs, si un chercheur est lui aussi un d\u00e9couvreur, il va travailler avec d\u2019autres outils que ceux d\u2019un artiste. De plus, leurs cadres de travail respectifs sont diff\u00e9rents\u00a0: le chercheur est le plus souvent salari\u00e9 d\u2019une unique structure alors que l\u2019artiste est g\u00e9n\u00e9ralement multi employeurs. Ceci demande quelques ajustements pour parvenir \u00e0 collaborer, ne serait-ce que parce le chercheur a souvent une charge de travail assez r\u00e9guli\u00e8re, alors que le second fonctionne au projet. L\u2019AAS cr\u00e9er les conditions pratiques mais aussi \u00e9conomiques pour la mise en pr\u00e9sence de l\u2019artiste et du scientifique. Notamment, cela autorise le scientifique \u00e0 consacrer une partie de son temps de travail de chercheur \u00e0 un artiste. Il y a donc une v\u00e9ritable co-production entre la compagnie de l\u2019artiste et le laboratoire, par l\u2019interm\u00e9diaire du l\u2019AAS.<\/p>\n Pour les chercheurs du CEA, le d\u00e9veloppement du gant utilis\u00e9 dans Bionic Orchestra 2.0 <\/em>n\u2019a pas repr\u00e9sent\u00e9 de difficult\u00e9s technologiques majeures. \u00c0 partir du moment o\u00f9 Ezra a su d\u00e9finir son attente, la r\u00e9alisation a pu suivre. Il faut dire aussi que l\u2019\u00e9quipe de la Cie Organic Orchestra est constitu\u00e9e de d\u00e9veloppeurs f\u00e9rus de nouvelles technologies, qui ont \u00e9t\u00e9 capables de mette au point un prototype en piochant sur le net, les programmes et les outils dont ils avaient besoin. Cette bonne connaissance des contraintes techniques a sans doute grandement facilit\u00e9 le dialogue [3]<\/strong>. Les chercheurs du CEA sont intervenus sur deux composantes cl\u00e9s du gant\u00a0: la batterie au lithium et le circuit int\u00e9gr\u00e9.<\/p>\n Pour la batterie au lithium, Nelly Martin, chercheur au CEA et \u00e9lectrochimiste dans un laboratoire sp\u00e9cialis\u00e9 dans la conception et le prototypage de batteries (LCPB) r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 la demande, n\u2019a pas rencontr\u00e9 d\u2019obstacles techniques importants. Dans cette unit\u00e9, sont r\u00e9alis\u00e9es de petites s\u00e9ries d\u2019une centaine de batteries qui sont ensuite d\u00e9velopp\u00e9es par les industriels sur leurs propres cha\u00eenes de montage. Pour Bionic Orchestra 2.0, <\/em>Nelly Martin a proc\u00e9d\u00e9 comme pour n\u2019importe quelle commande \u00e9manant d\u2019un industriel. Au d\u00e9part, il avait \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9 de r\u00e9aliser une batterie souple, ce qui supposait de r\u00e9soudre des difficult\u00e9s techniques importantes\u00a0: \u00e0 l\u2019heure actuelle, on ne sait pas produire ce type de batterie. Mais tr\u00e8s vite, il est apparu qu\u2019il \u00e9tait aussi possible de travailler avec une batterie rigide, \u00e0 condition de respecter des contraintes sur sa taille et son poids. Il fallait notamment que cette batterie soit suffisamment puissante pour faire \u00ab\u00a0tourner\u00a0\u00bb les applications le temps du spectacle. Ayant calcul\u00e9 l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire \u2013400 milliamp\u00e8re\u2013 au fonctionnement du gant sur une base de 2 \u00e0 3h \u2013soit une marge suffisante pour un spectacle ne durant pas plus d\u2019une heure\u2013, le laboratoire LCPB a fabriqu\u00e9 un prototype selon une proc\u00e9dure bien \u00e9tablie\u00a0: il est ainsi parvenu ais\u00e9ment au r\u00e9sultat souhait\u00e9.<\/p>\n Le Leti \/ DSIS (D\u00e9partement syst\u00e8me et int\u00e9gration de solutions), un autre laboratoire du CEA est intervenu\u00a0sur la mise au point des circuits imprim\u00e9s. Cyril Gobbo, un jeune technicien en \u00e9lectronique, a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 d\u2019optimiser la carte imprim\u00e9e (ou PCB de l\u2019anglais Printed Circuit Board), qui permet de g\u00e9rer les diff\u00e9rentes applications\u00a0: le PCB est un support maintenant et reliant \u00e9lectriquement un ensemble de composants \u00e9lectroniques entre eux, afin de r\u00e9aliser un circuit \u00e9lectronique complexe. La principale difficult\u00e9 r\u00e9sidait dans la taille du PCB qui re\u00e7oit le circuit imprim\u00e9, lequel ne devait pas \u00eatre plus large que le dos de la main d\u2019Ezra. L\u00e0 encore, les techniques sont disponibles et une fois les calculs faits, il n\u2019y a plus qu\u2019\u00e0 r\u00e9aliser un prototype. Lorsque la carte est fabriqu\u00e9e, elle est connect\u00e9e \u00e0 un ensemble de petits c\u00e2bles en cuivre conduisant \u00e0 des interrupteurs plac\u00e9s au niveau des phalanges. \u00c0 partir de cette \u00e9tape, le circuit est donn\u00e9 au gantier Jean Strazzeri, qui devra coudre cet objet dans un gant r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 la mesure de la main de l\u2019artiste. Cependant, la plus grande difficult\u00e9 a finalement r\u00e9sid\u00e9 dans la mise au point d\u2019une connectivit\u00e9 fiable, question ardue dans le champ de la micro \u00e9lectronique. En effet, les mouvements incessants de la main mettent \u00e0 rude \u00e9preuve la technologie et la mise au point d\u2019un syst\u00e8me de connexion op\u00e9rationnel s\u2019est finalement av\u00e9r\u00e9e assez longue.<\/p>\n Il appara\u00eet aussi, pour cette r\u00e9sidence, qu\u2019il aura \u00e9t\u00e9 complexe de surmonter\u2026 des questions de planning\u00a0: les d\u00e9lais de r\u00e9alisation ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s courts et la coordination de l\u2019\u00e9quipe artistique avec les chercheurs n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 simple. Par contre, le CEA consid\u00e8re que le prototype d\u2019un gant int\u00e9grant une s\u00e9rie de commandes offres d\u2019int\u00e9ressantes perspectives de d\u00e9veloppement. En effet, il pourrait trouver des applications en m\u00e9decine, pour les personnes paralys\u00e9es, et dans d\u2019autres domaines, notamment le jeu vid\u00e9o. Ce sont les \u00e9quipes de valorisation du CEA qui vont alors prendre le relais et chercher des d\u00e9bouch\u00e9s \u00e0 ce prototype r\u00e9alis\u00e9 dans un cadre de cr\u00e9ation artistique.<\/p>\n Autrement dit, en commutant de mani\u00e8re non conventionnelle les \u00e9quipes du CEA et leurs connaissances, avec une \u00e9quipe artistique, les m\u00e9thode de travail et de production de ce centre de recherche, ont \u00e9t\u00e9 renouvel\u00e9es. Souvent motiv\u00e9s par l\u2019envie d\u2019initier de nouvelles technologies, les chercheurs peinent parfois \u00e0 trouver des applications \u00e0 leurs d\u00e9couvertes. En passant par l\u2019usage, aussi pointu et inattendu qu\u2019il soit \u2013et les artistes sont par d\u00e9finition des utilisateurs en capacit\u00e9 de solliciter la technologie d\u2019une mani\u00e8re inhabituelle\u2013 de nouvelles perspectives s\u2019offrent \u00e0 leurs d\u00e9couvertes. En cela, l\u2019AAS s\u2019av\u00e8re un excellent dispositif pour contribuer \u00e0 trouver des d\u00e9bouch\u00e9s \u00e0 des innovations technologiques et pour optimiser leur valorisation. Cette structure partenariale mise en place par l\u2019Hexagone et le CEA, dynamise aussi la cr\u00e9ation artistique, car sans ces innovations technologiques, la forme m\u00eame des spectacles aurait \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente.<\/p>\n Rare, sinon unique institution culturelle \u00e0 avoir d\u00e9velopp\u00e9 un v\u00e9ritable partenariat avec le monde de la recherche, l\u2019Hexagone s\u2019est dot\u00e9 d\u2019une entit\u00e9 d\u00e9di\u00e9e pour permettre la rencontre entre artistes et chercheurs avec l\u2019Atelier Arts Sciences. Cette structure tripartite associant le CEA, le CCSTI Grenoble-la Casemate et l\u2019Hexagone, se situe \u00e0 l\u2019avant-garde du renouvellement du paysage institutionnel fran\u00e7ais. Alors que le secteur culturel s\u2019est structur\u00e9 autour de l\u2019id\u00e9e qu\u2019il fallait \u00e0 la fois professionnaliser les artistes et d\u00e9velopper des entit\u00e9s sp\u00e9cialis\u00e9es, on assiste aujourd\u2019hui \u00e0 un essoufflement de ce\u00a0\u00ab\u00a0mod\u00e8le\u00a0\u00bb. Car \u00e0 trop distinguer le secteur culturel, il se trouve progressivement mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart du reste de la soci\u00e9t\u00e9 et, lorsqu\u2019arrive un impr\u00e9vu \u2013une crise \u00e9conomique par exemple\u2026\u2013, il peut \u00eatre ais\u00e9ment consid\u00e9r\u00e9 comme un caprice\u00a0: co\u00fbteux et pas vraiment indispensable. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de reconnecter le secteur culturel avec \u00ab\u00a0le monde\u00a0\u00bb. Ceci correspond sans doute aussi au souhait de nombre d\u2019artistes, dont les travaux sont en prise avec leur environnement et qui en \u00ab\u00a0parlent\u00a0\u00bb via leurs \u0153uvres. Dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le savoir, les id\u00e9es, l\u2019innovation deviennent pr\u00e9pond\u00e9rants, les d\u00e9marches qui cherchent \u00e0 valoriser les productions artistiques deviennent vitales car les \u0153uvres sont aussi des espaces d\u2019innovation et de r\u00e9flexion. C\u2019est pourquoi la mise en place de l\u2019AAS est un dispositif plein de promesses, ouvrant le champ des possibles \u00e0 la fois pour les institutions culturelles comme pour celles qui font de la recherche.<\/p>\n [1]<\/strong> On peut faire un parall\u00e8le entre recherche de comp\u00e9tences scientifiques et recherche de m\u00e9c\u00e8nes\u2026\u00a0Autant un artiste ou une compagnie vont conna\u00eetre rapidement les arcanes du subventionnement public, autant il leur sera souvent tr\u00e8s difficile de rechercher de l\u2019argent aupr\u00e8s d\u2019entreprises\u00a0: ils les connaissent souvent mal et elles ne s\u2019attendent pas \u00e0\u00eatre sollicit\u00e9es\u2026 Les artistes vont donc devoir d\u00e9fendre des projets aupr\u00e8s de d\u00e9cideurs qui ont un syst\u00e8me de r\u00e9f\u00e9rence tout autre. Ils peineront \u00e0 les convaincre s\u2019ils n\u2019ont pas aupr\u00e8s d\u2019eux, un sp\u00e9cialiste qui sachent les mettre en relation et faciliter leur dialogue.<\/p>\n [2]<\/strong> Pour Bionic Orchestra 2.0<\/em>, l\u2019AAS a notamment organis\u00e9 un workshop avec des \u00e9tudiants de l\u2019Ensci (\u00c9cole nationale sup\u00e9rieure de cr\u00e9ation industrielle), qui a permis d\u2019affiner le concept initial du gant, les propositions des \u00e9tudiants conduisant \u00e0 concr\u00e9tiser les intuitions de l\u2019artiste, \u00e0 poser de nouvelles questions, \u00e0 d\u00e9bloquer des points d\u2019achoppement\u2026<\/p>\n [3]<\/strong> Ceci met aussi en \u00e9vidence l\u2019articulation mouvante entre l\u2019\u00e9conomie du logiciel libre et celle qui s\u2019appuie sur la propri\u00e9t\u00e9 industrielle, telle que la d\u00e9veloppe le CEA. Cette articulation est en soi un nouveau champ d\u2019exp\u00e9rimentation.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Par Pierre-Alain Four, sociologue et directeur artistique de l\u2019Ensemble Bor\u00e9ades Commuter arts et sciences Pour la r\u00e9alisation de Bionic Orchestra 2.0, Ezra s\u2019est impos\u00e9 de g\u00e9rer une contradiction\u00a0: mettre en avant la technologie et les questions qu\u2019elle pose, tout en cherchant \u00e0 la rendre invisible ou au moins myst\u00e9rieuse\u2026 Cette probl\u00e9matique suppose le d\u00e9veloppement d\u2019outils […]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":{"footnotes":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1265"}],"collection":[{"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1265"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1265\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1265"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}Commuter arts et sciences<\/h2>\n
Innover suppose que l\u2019artiste trouve les moyens de rep\u00e9rer les comp\u00e9tences qui lui font d\u00e9faut<\/h2>\n
L\u2019artiste est-il un client \u00ab\u00a0comme un autre\u00a0\u00bb ?<\/h2>\n
Utiliser autrement des technologies existantes<\/h2>\n
L\u2019artiste en initiateur de nouveaux usages pour des innovations technologiques<\/h2>\n
\nL\u2019ASS est aussi une innovation institutionnelle de premier plan<\/h2>\n
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