{"id":683,"date":"2014-05-28T07:35:29","date_gmt":"2014-05-28T06:35:29","guid":{"rendered":"http:\/\/hexagone2016.theatre-hexagone.net\/?page_id=683"},"modified":"2014-05-28T07:35:29","modified_gmt":"2014-05-28T06:35:29","slug":"les-scientifiques","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/les-scientifiques\/","title":{"rendered":"Les scientifiques"},"content":{"rendered":"

1. Motivation des scientifiques<\/h2>\n

Par Christiane Dampne, <\/strong>Journaliste culturelle
\nPresse nationale : Mouvement & Stradda
\nAuteure de documentaires de cr\u00e9ation sonore<\/p>\n

Amal\u00a0Chabli<\/strong> : J\u2019aime \u00eatre en contact avec des visions ext\u00e9rieures \u00e0 l’activit\u00e9 scientifique. Je suis tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9e par les questions soulev\u00e9es par la compagnie sur les m\u00e9canismes de notre pens\u00e9e. Cette interaction avec les artistes r\u00e9interroge mon travail, me permet de me poser des questions diff\u00e9remment et de me remettre en question. C’est une position philosophique. Cela me permet de prendre du recul. L’occasion offerte d’\u00e9changer avec ces artistes et avec mes pairs constitue un moment important pour accompagner ce questionnement sur mon m\u00e9tier, mes limites et la port\u00e9e de nos recherches. J\u2019\u00e9tais curieuse aussi de rencontrer des coll\u00e8gues d’autres disciplines, comme ceux des neurosciences.<\/p>\n

Jean-Luc Schwartz<\/strong>\u00a0: Le point d’entr\u00e9e de la compagnie \u00e9tait une r\u00e9flexion sur les m\u00e9canismes de la pens\u00e9e et je dirige une structure de recherche sur la cognition avec une \u00e9quipe pluridisciplinaire. C’\u00e9tait donc pertinent d’\u00eatre associ\u00e9 \u00e0 ce projet et d\u2019y associer le laboratoire GIPSA-Lab en accueillant un des bivouacs.<\/p>\n

En tant que scientifique, c’\u00e9tait int\u00e9ressant d’aller se pr\u00eater \u00e0 un jeu inhabituel pour nous et de voir une autre d\u00e9marche pour interroger comment fonctionne le cerveau. Leur m\u00e9thode un peu na\u00efve (m\u00eame si la compagnie n’est pas na\u00efve) est int\u00e9ressante et m’a fait penser aux surr\u00e9alistes qui avaient comme projet de trouver des techniques pour d\u00e9clencher de la cr\u00e9ativit\u00e9 et des r\u00e9sultats inattendus. Elle m’a fait penser aussi \u00e0 l’approche philosophique dans le domaine de la cognition avec des outils de raisonnement propres.<\/p>\n

Dominique David<\/strong>\u00a0: Dans leur approche, ces com\u00e9diens diffusent une certaine libert\u00e9, po\u00e9sie et fra\u00eecheur. En tant que chercheur, savoir renouveler ses id\u00e9es en \u00e9tant confront\u00e9 \u00e0 de nouveaux points de vue constitue un ingr\u00e9dient premier. Leur proposition originale et leur forme d’innocence dans leur questionnement nourrissent ma d\u00e9marche de chercheur.<\/p>\n

Antoine Depaulis\u00a0<\/strong>: Les formes artistiques m\u2019int\u00e9ressent, surtout lorsqu’il y a une recherche derri\u00e8re. J’avais vu le spectacle le t de n-1<\/em> \u00e0 Clamart il y a tois ans et j’avais beaucoup aim\u00e9. J’\u00e9tais donc motiv\u00e9 pour les aider \u00e0 rencontrer des chercheurs en neurosciences en organisant un bivouac au GIN.<\/p>\n

Ma motivation profonde de cette collaboration ? Pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 mon m\u00e9tier que je fais depuis 30 ans. Toute r\u00e9flexion sur la mani\u00e8re dont on cherche et dont on trouve m’int\u00e9resse. La d\u00e9couverte par s\u00e9rendipit\u00e9 – c’est-\u00e0-dire en cherchant autre chose – implique de rester ouvert et d’accueillir l\u2019inattendu. \u00c0 la diff\u00e9rence des pays anglo-saxons, o\u00f9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne est reconnu, en France, il est peu admis car il est associ\u00e9 au hasard et sous-entend donc que la d\u00e9couverte n’est pas le fruit d’une cogitation intense\u00a0!<\/p>\n

J’essaie de comprendre comment je cherche et je n’ai pas toutes les clefs. Je cherche \u00e0 comprendre pas forc\u00e9ment pour essayer de faire mieux, mais peut-\u00eatre pour y prendre plus de plaisir. Ces artistes nous offrent un regard distanci\u00e9 sur notre m\u00e9tier. Il n’y a pas de souci de rentabilit\u00e9, mais une curiosit\u00e9 d’esprit.<\/p>\n

<\/h2>\n

2. L\u2019embl\u00e8me du campement<\/h2>\n

\u00a0Jean-Luc<\/strong>\u00a0: L\u2019embl\u00e8me du campement est int\u00e9ressant car c’est une mani\u00e8re de dire qu’ils d\u00e9finissent leur espace \u00e0 l’int\u00e9rieur d’un lieu qui peut continuer \u00e0 exister. Il y a une vie au dedans et au-dehors. Nous avons tous le droit d’y rentrer et d’en sortir. C\u2019est un endroit collectif et partag\u00e9. Quant \u00e0 leur signal\u00e9tique, elle proc\u00e8de d’une r\u00e9flexion astucieuse avec les petites, moyennes et grandes tentes plac\u00e9es sur un coin d\u2019herbe ou dans notre b\u00e2timent. Un b\u00e2timent grand, impersonnel et peu chaleureux. Ils ont r\u00e9ussi \u00e0 marquer leur pr\u00e9sence.<\/p>\n

\u00a0Amal\u00a0<\/strong>: Leur choix du bivouac est un joli et juste symbole. En effet lorsque l’on bivouaque, on investit un endroit inhabituel de mani\u00e8re d\u00e9munie : on vient avec peu de choses, le minimum pour se prot\u00e9ger. On laisse son lit et ses habitudes. Cela renvoie aussi \u00e0 une p\u00e9riode limit\u00e9e et transitoire entre un moment et un autre. Enfin il y a une ascension pour atteindre un sommet. Si je transpose cette m\u00e9taphore \u00e0 ces journ\u00e9es o\u00f9 nous avons bivouaqu\u00e9 ensemble, je dirais que je suis sortie de mon environnement quotidien pour le vivre autrement en laissant \u00e0 la porte mon bagage scientifique. Cela m’a permis un moment de distanciation – l’ascension d’une montagne – difficile \u00e0 atteindre seule. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 nourrie par de nouveaux horizons et par les moments partag\u00e9s avec les autres campeurs.<\/p>\n

Dominique<\/strong>\u00a0: C\u2019est une signal\u00e9tique ing\u00e9nue. Dans des lieux tr\u00e8s institutionnalis\u00e9, ces petites tentes sont inattendues. Donc elles interpellent. Il ne s’agit pas d’une originalit\u00e9 vaine. Nous pr\u00e9tendons souvent apporter de l’originalit\u00e9 dans nos recherches. Mais la vraie est assez vite \u00e9cart\u00e9e ou ignor\u00e9e par nos tutelles.<\/p>\n

Leur balise tranche vraiment.<\/p>\n

Antoine<\/strong>\u00a0: La repr\u00e9sentation sous forme de petites canadiennes, \u00e0 l’esth\u00e9tique ancienne, a beaucoup plu dans mon Institut [GIN]. Et une fois pass\u00e9 le c\u00f4t\u00e9 amus\u00e9, cela donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. D\u2019autre part, le terme \u00ab\u00a0bivouac\u00a0\u00bb parle bien aux grenoblois. C’est un symbole fort et pertinent.<\/p>\n

<\/h2>\n

3. Questions et m\u00e9thode de travail<\/h2>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>L\u2019apport de nouvelles questions<\/strong><\/p>\n

Jean-Luc<\/strong>\u00a0: Les artistes portent de nouvelles questions transposables scientifiquement car nous sommes coinc\u00e9s dans nos paradigmes \u00e9troits. Ils nous ouvrent donc des portes \u00e0 partir de leurs outils de cr\u00e9ativit\u00e9. Nous nous sommes mis \u00e0 cogiter par exemple sur nos sch\u00e9mas mentaux quand on a un doute : nous avons r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la d\u00e9finition d’un doute, \u00e0 une typologie des doutes et \u00e0 une repr\u00e9sentation. On pourrait mener un sujet de recherche sur le doute en montant des protocoles pour voir si on peut distinguer deux formes de doute : le doute statique dont on ne sort jamais, o\u00f9 l’on passe son temps \u00e0 tourner autour de la m\u00eame chose ; et le doute dynamique o\u00f9 l\u2019on oscille entre plusieurs possibilit\u00e9s. On pourrait donc interroger la pertinence ou non de ces deux formes\u00a0: un \u00e9tat du cerveau stationnaire ou au contraire des oscillations entre plusieurs \u00e9tats o\u00f9 l’on bascule entre une v\u00e9rit\u00e9 et une autre v\u00e9rit\u00e9. Il y a peu d’articles sur le doute.<\/p>\n

Leurs questions peuvent donc engendrer des id\u00e9es pour poser des questions techniques et cr\u00e9er un protocole exp\u00e9rimental avec des hypoth\u00e8ses, un paradigme pr\u00e9cis, des tests statistiques et des r\u00e9sultats qui valideraient ou non nos hypoth\u00e8ses de d\u00e9part.<\/p>\n

Chaque question est intrigante et l\u2019on se rend compte de l\u2019ampleur de chacune. Comme scientifiques, nous sommes amen\u00e9s \u00e0 r\u00e9duire les questions, sinon, on ne s’en sort pas, et chacun ne se pose que des questions tr\u00e8s r\u00e9duites dans des questionnements r\u00e9duits. Quand on rentre dans leur jeu, on tombe sur une gamme de questions infinies, toutes pertinentes car toutes peuvent \u00eatre mises sous un format interrogeable par des scientifiques. Elles rejoignent celles du domaine de la psychologie cognitive et des neurosciences, comme par exemple : qu’est-ce que la conscience ? Qu’est-ce qu’une d\u00e9marche morale, int\u00e9ress\u00e9e, agressive ? L’ouverture \u00e0 ce type de questions est un puits sans fond.<\/p>\n

Antoine<\/strong>\u00a0: Les questions n’\u00e9taient pas forc\u00e9ment sur notre d\u00e9marche scientifique et pouvaient s’appliquer \u00e0 la vie de tous les jours. Par exemple CCMDLT quand on prend une d\u00e9cision.<\/p>\n

D’une mani\u00e8re globale, s’interroger sur les m\u00e9canismes cognitifs, se demander comment on cherche et comment on trouve, est vital.<\/p>\n

Dominique<\/strong>\u00a0: L’affichage de leur grande liste de questions est int\u00e9ressant pour nous car elle nous confronte \u00e0 des types de questionnements que l’on ne se pose pas forc\u00e9ment.<\/p>\n

Nous avons pass\u00e9 une journ\u00e9e enti\u00e8re \u00e0 se questionner sur le fonctionnement du doute. Le doute fait partie du fondement scientifique. C’est une attitude d’ouverture positive de remettre en cause nos trouvailles. Mais il s’agissait ici d’une introspection, d’un creusage int\u00e9rieur et je l\u2019ai v\u00e9cu comme la souffrance du doute. C’\u00e9tait int\u00e9ressant, mais difficile et p\u00e9nible. J’aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 un th\u00e8me plus l\u00e9ger, du type CCMDLT quand on est heureux\u00a0!<\/p>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>L\u2019int\u00e9r\u00eat de leur m\u00e9thode <\/strong><\/p>\n

Amal<\/strong>\u00a0: Ma participation d\u00e9passe l’int\u00e9r\u00eat du scientifique car leur protocole est tr\u00e8s astucieux et utile \u00e0 n’importe quelle personne. Ils ont trouv\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments techniques qui permettent d’ouvrir la cr\u00e9ativit\u00e9 tr\u00e8s largement tout en la cadrant pour \u00e9viter la banalit\u00e9. C’est une rigueur riche.<\/p>\n

Antoine<\/strong>\u00a0: J\u2019ai beaucoup appris de leur m\u00e9thodologie pour faire surgir la cr\u00e9ativit\u00e9. Une m\u00e9thode de travail stimulante car il n’y a pas d’a priori. Or c\u2019est ce qui nous fait souvent d\u00e9faut en recherche : on a la sanction du scientifique. En voulant que ce soit lin\u00e9aire et rationnel, on bride la cr\u00e9ativit\u00e9, on s’enferme dans des plans d’exp\u00e9rience tr\u00e8s format\u00e9s. La d\u00e9marche des N+1 favorise le papillonnage autour d’une question et nous nous en sommes inspir\u00e9s par la suite dans mon labo.<\/p>\n

C\u2019est mon r\u00f4le, en tant que chef d’\u00e9quipe, de faire des liens entre des choses qui a priori peuvent para\u00eetre assez diff\u00e9rentes au sein de mon \u00e9quipe, ou entre mon \u00e9quipe et une autre. Ce papillonnage – qui m’a parfois \u00e9t\u00e9 reproch\u00e9 et que je d\u00e9fends bec et ongle – est g\u00e9n\u00e9rateur d’id\u00e9es nouvelles.<\/p>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>Une d\u00e9marche ouverte<\/strong><\/p>\n

Dominique<\/strong>\u00a0: Leur m\u00e9thode d\u2019interrogation elle-m\u00eame est int\u00e9ressante par sa libert\u00e9 d’esprit. Elle fait \u00e9cho \u00e0 une s\u00e9ance de cr\u00e9ativit\u00e9 d\u00e9brid\u00e9e avec fous rires au sein d\u2019Ideas-lab \u00e0 la fin des ann\u00e9es 90, dans le m\u00eame \u00e9tat d\u2019esprit. En sont sortis une id\u00e9e et un sujet de recherche qui fonctionne toujours dans l’industrie lourde 10 ans plus tard. Malgr\u00e9 les multiples ouvrages sur la cr\u00e9ativit\u00e9, personne ne sait comment une id\u00e9e germe. Il est important de conserver ce type de d\u00e9marche sans obligation de r\u00e9sultat et sans m\u00e9canisme de contr\u00f4le par l’institution.<\/p>\n

L’int\u00e9r\u00eat de ce type de r\u00e9sidence ne peut se r\u00e9duire \u00e0 son utilit\u00e9, on ne sait jamais ce qui peut en sortir, ni quand. Ces s\u00e9ances d\u00e9boucheront peut-\u00eatre myst\u00e9rieusement pour les uns et les autres sur une id\u00e9e.<\/p>\n

<\/h2>\n

4. L\u2019influence du vocabulaire\u00a0: exp\u00e9rience \/ miniature<\/strong><\/h2>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>Exemple d\u2019une exp\u00e9rience<\/strong><\/p>\n

Antoine<\/strong>\u00a0: Par rapport \u00e0 leur demande d\u2019une exp\u00e9rience simple et reproductible dans les conditions d\u2019un spectacle, nous avons mont\u00e9 un protocole d\u2019exp\u00e9rience lors du premier bivouac pour tester l’hypoth\u00e8se : plus on a de contraintes, plus on est cr\u00e9atifs. Et inversement, lorsqu’on n’a pas de contraintes, on peut \u00eatre perdu et d\u00e9pourvu de cr\u00e9ativit\u00e9. Nous avons constitu\u00e9 des groupes de quatre personnes qui devaient \u00e9noncer des mots nouveaux pendant une minute, avec \/ sans contrainte. Nous avons d’ailleurs obtenu un r\u00e9sultat inverse \u00e0 ce que nous pensions\u00a0!<\/p>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>Avis sur le changement de terme<\/strong><\/p>\n

Jean-Luc\u00a0: le terme \u00ab\u00a0exp\u00e9rience\u00a0\u00bb \u00e9tait sans doute rassurant : on a envie en permanence de se ramener au monde que l’on conna\u00eet, c’est-\u00e0-dire aux exp\u00e9riences que nous pratiquons avec un protocole pr\u00e9cis. C’\u00e9tait sans doute r\u00e9ducteur par rapport \u00e0 ce qu’ils cherchaient. D’avoir ouvert sur le terme miniature nous a entrain\u00e9s vers d\u2019autres chemins dont on a peu l\u2019habitude en tant que scientifiques. La bascule \u00e9tait int\u00e9ressante.<\/p>\n

Amal<\/strong>\u00a0: Avec le terme \u00ab\u00a0exp\u00e9rience\u00a0\u00bb, j’ai remarqu\u00e9 que la plupart de mes coll\u00e8gues se sont enferm\u00e9s dans leur r\u00f4le scientifique. Sur la question CCMDLT quand on imagine, ils ont construit un protocole pour tirer des informations et faire \u00e9merger des statistiques en utilisant leurs outils de travail habituel. Pour ma part, ce mot me ramenait trop \u00e0 ce que je faisais tous les jours. Il m’enfermait dans un sch\u00e9ma de pens\u00e9e. A partir du moment o\u00f9 ils ont employ\u00e9 le terme miniature, cela n’a plus rien eu \u00e0 voir. Certains \u00e9taient perdus car le lien \u00e9tait momentan\u00e9ment perdu.<\/p>\n

Dominique<\/strong>\u00a0: Alors que c’est un terme qui fait partie de notre vocabulaire, \u00ab\u00a0exp\u00e9rience\u00a0\u00bb m’a mis mal \u00e0 l’aise car il renvoyait \u00e0 plusieurs choses pour moi : je me sentais objet d’\u00e9tudes et j’avais une sorte de pudeur \u00e0 mettre mon cerveau \u00e0 nu devant tout monde. C’\u00e9tait invasif. D’autre part, et je ne sais pourquoi, cela m’\u00e9voquait les exp\u00e9riences nazies sur les enfants juifs qui \u00e9taient appel\u00e9s \u00a0\u00bb kaninchen \u00ab\u00a0.<\/p>\n

Avec le terme \u00ab\u00a0miniature\u00a0\u00bb, c’\u00e9tait beaucoup plus facile pour moi et cela a engendr\u00e9 des r\u00e9sultats d’une grande richesse alors qu’il s’agissait du m\u00eame exercice demand\u00e9\u00a0!<\/p>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>D\u00e9finition personnelle de miniature <\/strong><\/p>\n

Dominique<\/strong>\u00a0: Une micro repr\u00e9sentation de ce que j’ai \u00e9chafaud\u00e9, construit et v\u00e9cu \u00e0 partir de tel \u00e9chantillon de leur protocole.<\/p>\n

Jean-Luc<\/strong>\u00a0: L\u2019id\u00e9e d’\u00e9purer, de condenser notre propos et d’abstraire et symboliser. Donc l’id\u00e9e d’une conceptualisation d\u2019une forme r\u00e9duite que l’on puisse transmettre rapidement, sous plusieurs formes possibles\u00a0: visuelle, corporelle, verbale\u2026<\/p>\n

Exemple<\/em>\u00a0: un texte court \u00e0 la mani\u00e8re d’un ha\u00efku. Un dessin repr\u00e9sentant une spirale pour symboliser le doute statique.<\/p>\n

Amal<\/strong>\u00a0: C’est une trace d’un moment de r\u00e9flexion sur une question et de notre ressenti. Sa forme est libre. Sa connotation de petitesse, d’humilit\u00e9 permet de ne pas avoir peur.<\/p>\n

Exemple<\/em>\u00a0: sur la question CCMDLT quand on tourne autour d’une id\u00e9e\u00a0: l’image du hamster qui garde toujours la t\u00eate en haut gr\u00e2ce \u00e0 la roue et celle de l’athl\u00e8te au lancer de marteau pour symboliser une id\u00e9e qui tourne autour de moi.<\/p>\n

<\/h2>\n

5. Posture, d\u00e9placement & territoire commun<\/h2>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>Posture & jeu s\u00e9rieux<\/strong><\/p>\n

Jean-Luc\u00a0: Il y avait un risque que l’on joue les scientifiques pontifiants, mais nous l\u2019avons \u00e9vit\u00e9. Nous avons fait des allers-retours entre une posture de scientifique – en apportant des \u00e9l\u00e9ments d’explication car on pensait que c’\u00e9tait riche pour tout le monde – et celle de ne pas jouer aux scientifiques – en acceptant de reculer notre regard et d’aller vers d’autres chemins, en soumettant au groupe par exemple notre dessin et notre texte, en utilisant aussi l’humour. En venant \u00e0 ces s\u00e9ances, nous avions envie d’\u00eatre d\u00e9plac\u00e9s, de prendre du recul.<\/p>\n

Amal<\/strong>\u00a0: Nous \u00e9tions tous tr\u00e8s concentr\u00e9s et avions envie de partager nos r\u00e9flexions.<\/p>\n

C’\u00e9tait un jeu tr\u00e8s s\u00e9rieux avec des moments intenses de r\u00e9flexion sous forme d\u2019exercices personnels et collectifs, avec aussi des moments de plaisir et de fou rire, et une grande libert\u00e9 dans la transmission de nos r\u00e9sultats. J’ai d\u00e9couvert des coll\u00e8gues tr\u00e8s cr\u00e9atifs\u00a0: certains ont fait des mimes, d’autres des dessins\u2026 Un vrai r\u00e9gal\u00a0!<\/p>\n

Ce lieu d’\u00e9changes m’a aussi permis d’exprimer mon opinion sur la posture de certains confr\u00e8res qui pensent d\u00e9tenir la v\u00e9rit\u00e9 scientifique et ne se posent pas de questions. Pour moi, il n’y a pas de v\u00e9rit\u00e9, il n’y a que des scientifiques qui per\u00e7oivent le monde \u00e0 travers leurs sens et leur bagage th\u00e9orique. Ils sont donc influenc\u00e9s et peuvent se tromper. Et, autour d’une m\u00eame question, nous avons pu nous rendre compte de l’extr\u00eame vari\u00e9t\u00e9 de nos subjectivit\u00e9s.<\/p>\n

Dominique<\/strong>\u00a0: Je suis engag\u00e9 depuis le d\u00e9but de l’Atelier Arts-Sciences dans toutes les r\u00e9sidences artistiques \u00e0 des degr\u00e9s divers, et donc confront\u00e9 \u00e0 des d\u00e9calages vari\u00e9s. Dans le cadre du CCMDLT, on est davantage d\u00e9cal\u00e9 que dans les r\u00e9sidences purement technologiques. Pour que le syst\u00e8me art-science fonctionne, il faut continuer \u00e0 avoir l’ensemble des couches et ne pas le r\u00e9duire \u00e0 la seule couche technologique avec des r\u00e9sidences qui travaillent en amont, ou plus en profondeur, ou plus \u00e0 distance pour permettre du recul.<\/p>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>Quels terrains communs\u00a0?<\/strong><\/p>\n

Jean-Luc\u00a0<\/strong>: Le terrain naturel qu’ils nous proposent\u00a0: si on jouait tous ensemble \u00e0 rentrer dans nos cerveaux\u00a0! Et ils nous donnent les moyens de jouer \u00e0 ce jeu de l’introspection. C’est un jeu que l’on peut faire avec tout le monde. Notre socle commun : on a tous un cerveau et nous \u00e9tions pr\u00eats \u00e0 jouer de bonne foi. \u00c0 partir de l\u00e0, on a des imaginaires tr\u00e8s diff\u00e9rents les uns des autres<\/p>\n

Dominique<\/strong>\u00a0: Par leur protocole pr\u00e9cis, ils ont fait preuve d’une grande rigueur qui fait \u00e9cho \u00e0 notre propre d\u00e9marche. Un terrain connu qui facilite la mise en confiance.<\/p>\n

Notre vecteur commun est la curiosit\u00e9, le moteur m\u00eame de la recherche, qu’elle soit artistique ou scientifique.<\/p>\n

Antoine<\/strong>\u00a0: La d\u00e9marche du papillonnage avec une trajectoire non lin\u00e9aire est commune \u00e0 la recherche artistique et scientifique. Le rapprochement s’effectue aussi autour de la mati\u00e8re. Enfin, nous partageons le doute qui est inh\u00e9rent \u00e0 toute d\u00e9marche de recherche. Sinon, on est dans l’engineering ou le d\u00e9veloppement d’un produit au lieu d’une d\u00e9marche scientifique ; et dans l’artisanat au lieu d’une d\u00e9marche artistique.<\/p>\n

Je me suis senti \u00e0 l’aise par cette proximit\u00e9 de ces trois aspects.<\/p>\n

Amal<\/strong>\u00a0: Nous nous sommes retrouv\u00e9s sur la notion de partage\u00a0: nous, l’envie de communiquer et d\u2019exprimer nos r\u00e9flexions, eux, leur plaisir \u00e0 partager leur spectacle. Sur la notion aussi d\u2019esth\u00e9tisme : nous sommes tous sensibles \u00e0 la beaut\u00e9 des choses telles qu’elles sont.<\/p>\n

<\/h2>\n

6. Vos \u00e9tonnements<\/h2>\n

Jean-Luc<\/strong>\u00a0: Tout au long de ces trois bivouacs, j’ai eu un \u00e9tonnement heureux par rapport \u00e0 leur d\u00e9marche qui marche. Nous manquons tous de temps et au 3e<\/sup> bivouac je me suis demand\u00e9 si c’\u00e9tait bien raisonnable d’y aller : va-t-on faire des choses nouvelles qui vont fonctionner ? Oui, ils ont r\u00e9ussi \u00e0 proposer un cheminement du premier au dernier bivouac. Un \u00e9tonnement aussi par rapport aux rencontres avec d\u2019autres scientifiques. J’ai d\u00e9couvert certains sous un autre jour.<\/p>\n

Amal<\/strong>\u00a0: Nous \u00e9tions incroyablement productifs.<\/p>\n

Je me suis \u00e9tonn\u00e9e moi-m\u00eame dans certains exercices, comme par exemple lors de la question \u00ab\u00a0CCMDLT quand je tourne autour d’une id\u00e9e\u00a0\u00bb. Tout mon corps a particip\u00e9 au mouvement de ma pens\u00e9e et je me suis retrouv\u00e9e \u00e0 \u00e9crire la t\u00eate en bas au tableau\u00a0!<\/p>\n

J’ai \u00e9t\u00e9 agr\u00e9ablement surprise par la capacit\u00e9 des com\u00e9diens \u00e0 se renouveler : ce n’est pas rest\u00e9 fig\u00e9, il n’y a pas eu de r\u00e9p\u00e9tition. Ils ont cr\u00e9\u00e9 les conditions d’une \u00e9volution dynamique\u00a0: un protocole pr\u00e9cis pendant le premier bivouac\u00a0; l’\u00e9mergence du terme miniature a ouvert d’autres voies lors du deuxi\u00e8me bivouac et des propositions collectives dans le troisi\u00e8me.<\/p>\n

Antoine\u00a0: Ils m’ont impressionn\u00e9 par la force de leur d\u00e9marche rigoureuse \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer des propositions extr\u00eamement vari\u00e9es sur une m\u00eame question, aussi bien sur le fond que sur la forme. Nous \u00e9tions 15 et on obtenait 15 discours diff\u00e9rents. J’ai \u00e9galement \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9 de voir des coll\u00e8gues sortir de leur blouse blanche en se r\u00e9v\u00e9lant cr\u00e9atifs, dr\u00f4les, capables de rebondir sur les id\u00e9es des autres.<\/p>\n

<\/h2>\n

7. Bilan & apports<\/h2>\n

Jean-Luc<\/strong>\u00a0: C\u2019est une exp\u00e9rience que je n’ai pas faite \u00e0 des fins de recherche. C’\u00e9tait amusant, int\u00e9ressant et excitant. Ces journ\u00e9es m’ont stimul\u00e9 intellectuellement.<\/p>\n

Amal<\/strong>\u00a0: Cette dimension de questionnement intrins\u00e8que \u00e0 la d\u00e9marche du CCMDLT m\u2019a permis d\u2019exprimer devant des coll\u00e8gues ma position sur l\u2019absence de v\u00e9rit\u00e9 scientifique. J\u2019ai aussi rencontr\u00e9 de nouvelles personnes de diff\u00e9rentes disciplines que l’on n’a pas l’habitude de m\u00e9langer avec la n\u00f4tre. J’ai notamment d\u00e9couvert le vaste domaine des neurosciences et j’ai eu envie, \u00e0 mon tour, de le faire conna\u00eetre \u00e0 mes coll\u00e8gues en organisant une intervention \u00e0 Midi Minatec.<\/p>\n

Nos \u00e9changes et questionnements m\u2019ont \u00e9norm\u00e9ment enrichie. Ces questions, d’une dimension philosophique, m’ont grandie car elles ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es dans un contexte de grande libert\u00e9. Les r\u00e9ponses multiples et subjectives nous ont montr\u00e9 l’extr\u00eame diff\u00e9rence de perception entre nous, physicien, math\u00e9maticien, chercheur en neurosciences. J’ai beaucoup appris sur nos m\u00e9canismes subjectifs de pens\u00e9e.<\/p>\n

Dominique<\/strong>\u00a0: Ce qui s’est tiss\u00e9 humainement est du m\u00eame ordre que ce qui se construit lors d’un projet d’\u00e9quipe professionnel dans lequel on est tr\u00e8s impliqu\u00e9. La seule diff\u00e9rence se situe \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du temps. En g\u00e9n\u00e9ral, le ciment de l’\u00e9quipe prend rarement au d\u00e9but et s\u2019acc\u00e9l\u00e8re avec la pression des \u00e9ch\u00e9ances. Ici, les personnalit\u00e9s se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es tr\u00e8s vite et, en peu de temps, le noyau fut constitu\u00e9.<\/p>\n

Antoine<\/strong>\u00a0: Cette r\u00e9sidence artistique nous a fait du bien et nous a apport\u00e9 un dynamisme et une ouverture qui faisait alors d\u00e9faut \u00e0 notre Institut en souffrance, de par l’absence d’une direction qui n’impulsait pas un esprit de recherche. J’ai aim\u00e9 le c\u00f4t\u00e9 d\u00e9complex\u00e9 et sans a priori des artistes, leur engagement aussi alors que ce n’\u00e9tait pas \u00e9vident de venir envahir un centre comme le n\u00f4tre. Le sens de l’aventure se perd dans notre monde scientifique, pris dans l\u2019\u00e9tau des co\u00fbts financiers et des r\u00e8glements administratifs. Ces com\u00e9diens ont inject\u00e9 ce go\u00fbt de l’aventure.<\/p>\n

Cette r\u00e9sidence a \u00e9galement suscit\u00e9 une r\u00e9flexion sur notre m\u00e9tier, a cr\u00e9\u00e9 une belle valorisation gr\u00e2ce au spectacle final et aussi du lien social.<\/p>\n

<\/h2>\n

8. \u00c9vocation du titre<\/h2>\n

Jean-Luc<\/strong>\u00a0: L\u2019image me parle peu mais le fromage m’\u00e9voque un processus de transformation avec des mati\u00e8res vari\u00e9es.<\/p>\n

Amal<\/strong> : Le terme \u00ab\u00a0t\u00eate\u00a0\u00bb est \u00e0 relier \u00e0 nos questionnements sur le CCMDLT\u00a0; et le fromage, c’est ce qui reste du lait quand on a enlev\u00e9 le petit lait, c’est-\u00e0-dire la substantifique moelle de nos ateliers.<\/p>\n

Dominique<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0T\u00eate\u00a0\u00bb renvoie \u00e0 nos prises de t\u00eate, mais dans le sens positif, c’est-\u00e0-dire avec humour.<\/p>\n

La fabrication du fromage n\u00e9cessite un proc\u00e9d\u00e9 pr\u00e9cis : il faut essorer, laisser fermenter, ajouter de la levure, bref c’est compliqu\u00e9. Ce titre correspond tr\u00e8s bien \u00e0 nos s\u00e9ances.<\/p>\n

Antoine<\/strong>\u00a0: Le titre est excellent car il repr\u00e9sente bien toutes les id\u00e9es que l’on a m\u00e9lang\u00e9es, ce magma informe dans nos t\u00eates. C’est souvent d’un magma que surgissent les meilleures id\u00e9es.<\/p>\n

Cela me renvoie aussi \u00e0 l’expression : \u00ab\u00a0On ne va pas en faire un fromage\u00a0!\u00a0\u00bb Quand on veut lancer une op\u00e9ration un peu d\u00e9cal\u00e9e dans le monde de la recherche, on se heurte souvent \u00e0 une posture frileuse\u00a0: les gens ont tendance \u00e0 voir la montagne de complexit\u00e9s qui va accompagner la proposition alors que les probl\u00e8mes se r\u00e9solvent au fur et \u00e0 mesure. Ce fut le cas par exemple avec \u00ab\u00a0La semaine du cerveau\u00a0\u00bb, une manifestation que j’ai souhait\u00e9 renouveler il y a 5 ans en sortant du format de conf\u00e9rences pour personnes \u00e2g\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 l’intervention d’artistes. Je ne sais pas si le groupe n+1<\/em> a per\u00e7u cette grande angoisse de nombreux scientifique face \u00e0 l’inconnu qui font un fromage de tout en se noyant dans un verre d’eau.<\/p>\n

Enfin le fromage de t\u00eate, j’adore \u00e7a\u00a0!<\/p>\n

<\/h2>\n

9. R\u00e9ception du spectacle<\/strong><\/h2>\n

Amal\u00a0<\/strong>: Je suis arriv\u00e9e 1h en avance avec ma fille (20 ans) et nous avons eu le plaisir et le loisir de nous promener au milieu des traces \u00e9crites de nos r\u00e9sidences avec quelques fous rires et \u00e9merveillements (le mot n\u2019est pas trop fort, je crois).<\/p>\n

J\u2019ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 Fromage de t\u00eate<\/em> parce que j\u2019ai eu le sentiment de retrouver nos n+1<\/em> dans leur naturel, tels qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 avec nous tout au long de la r\u00e9sidence. Ce fut une r\u00e9elle surprise pour moi ! Je ne m\u2019y attendais pas. Peut-\u00eatre est-ce d\u00fb \u00e0 ma conception un peu classique du th\u00e9\u00e2tre (costume, r\u00f4le,\u2026). L\u00e0 rien de tel, juste les m\u00eames personnes et dans les m\u00eames situations de questionnement, de doute, de jeu avec les mots et les images. Bref la m\u00eame atmosph\u00e8re que celle de nos s\u00e9ances de CCMdlT. C\u2019\u00e9tait un prolongement et de ce fait un immense cadeau pour moi.<\/p>\n

J\u2019ai \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9e par le d\u00e9cor. Je savais qu\u2019une contrainte leur \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e sur l\u2019espace disponible (une bande de quelques m\u00e8tres de largeur) et que c\u2019\u00e9tait un sacr\u00e9 d\u00e9fi. L\u2019instrumentation du panneau du fond avec des aphorismes inscrits sur des volets qui basculent est une trouvaille magnifique.<\/p>\n

Pour ce qui concerne la structure et le contenu du spectacle, et bien les miniatures sont l\u00e0 telles que nous les avions exp\u00e9riment\u00e9es, dans le m\u00eame \u00e9tat d\u2019esprit. Parmi celles que j\u2019ai appr\u00e9ci\u00e9es, je voudrais citer :<\/p>\n

– la m\u00e9taphore de l\u2019id\u00e9e derri\u00e8re la t\u00eate via l\u2019ampoule allum\u00e9e positionn\u00e9e en arri\u00e8re de la t\u00eate. Des personnes dans le public ont eu besoin de l\u2019exprimer oralement \u00ab Une id\u00e9e derri\u00e8re la t\u00eate ! \u00bb tout simplement pour le plaisir, pour la beaut\u00e9 du geste,<\/p>\n

– La m\u00e9taphore des miroirs o\u00f9 l\u2019on s\u2019observe pour traduire l\u2019action de r\u00e9fl\u00e9chir. Une interpr\u00e9tation de haute vol\u00e9e \u00e0 mon humble avis,<\/p>\n

– La repr\u00e9sentation du d\u00e9filement du temps par le chariot qui les v\u00e9hicule avec une mise en sc\u00e8ne tr\u00e8s judicieuse,<\/p>\n

– La richesse du catalogue des objets insolites pr\u00e9sent\u00e9s par Balthazar \u2013 tout simplement extraordinaire\u00a0!<\/p>\n

Antoine\u00a0: J’ai \u00e9t\u00e9 enchant\u00e9 par le spectacle et impressionn\u00e9 par l’extraordinaire synth\u00e8se qu’ils ont pu r\u00e9aliser en 40 mn \u00e0 partir des 3 semaines de bivouac et de fourmillements de donn\u00e9es accumul\u00e9s. Cela reste encore dense, mais on retrouve cet univers d’objets anim\u00e9s, souvent d\u00e9cal\u00e9s, de leurs autres spectacles et que j’aime beaucoup. J’ai ador\u00e9 en particulier la machine \u00e0 analyser le temps qui passe, extraordinaire outil p\u00e9dagogique d’un concept pourtant compliqu\u00e9. J’y ai retrouv\u00e9, un peu p\u00eale-m\u00eale, les jeux que nous avons pu faire pendant les sessions de CCMDLT avec John Lennon et ses carottes ou nos r\u00e9flexions sur la prise de d\u00e9cisions, le doute, la cr\u00e9ation. Il reste encore des choses myst\u00e9rieuses ou qui ne fonctionnent pas encore tr\u00e8s bien comme ces chiffres qui d\u00e9filent ou certaines explications au tableau noir. Petit regret aussi, l’univers un peu \u00ab\u00a02D\u00a0\u00bb qui n’offre pas la m\u00eame richesse d’animation que pour l’ap\u00e9ro<\/em> ou le t de n-1<\/em>, mais qui met sans doute plus en valeur les acteurs. Mais il s\u2019agit d\u2019un travail en devenir qui va se simplifier et s’enrichir encore d’humour et de po\u00e9sie.<\/p>\n

Dominique<\/strong>\u00a0: Je me suis beaucoup amus\u00e9. La cr\u00e9ativit\u00e9 des artistes est quasi permanente, avec pas mal de surprises. J\u2019ai par exemple beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 la symbolisation de l\u2019axe du temps par une sorte de podium \u00e0 roulette actionn\u00e9 par un com\u00e9dien, embarquant les deux autres qui correspondent \u00e0 ses visions propres du pass\u00e9 et du futur, que ces ceux-l\u00e0 donnent \u00e0 voir dans la r\u00e9alit\u00e9 spatiale. Tout \u00e7a cr\u00e9e un raccourci d\u00e9monstratif et le rire ouvre la porte \u00e0 d\u2019\u00e9tranges questionnements int\u00e9rieurs.<\/p>\n

Cette situation d\u00e9montre assez bien comment ont proc\u00e9d\u00e9 les artistes \u00e0 partir de nos mat\u00e9riaux de base, reprenant \u00e0 leur compte un (petit) nombre de questionnements autour desquels nous avions marin\u00e9s, et les transposant dans leur univers bricol\u00e9 afin d\u2019en sugg\u00e9rer la marinade. \u00c7a fonctionne plut\u00f4t bien, m\u00eame si on peut penser qu\u2019on pourrait pousser encore plus loin la centrifugation afin de r\u00e9colter un jus encore plus cibl\u00e9. Mais le spectacle va \u00e9voluer, et je dois dire que compte tenu du temps \u00e9coul\u00e9 entre notre derni\u00e8re s\u00e9ance et ce spectacle, je suis impressionn\u00e9 par leur synth\u00e8se de l\u2019\u00e9norme quantit\u00e9 de papiers qu\u2019on a fournie.<\/p>\n

Jean-Luc<\/strong>\u00a0: J’ai trouv\u00e9 qu’il y avait un joli travail de mise en sc\u00e8ne, mise en espace et mise en perspective de nos \u00e9lucubrations – dont on retrouvait la trace pr\u00e9cise et multiple, y compris une exp\u00e9rience que j’avais mentionn\u00e9e et qui est reprise en me citant ! – avec une transformation sc\u00e9nique, une finalisation des \u00ab\u00a0miniatures\u00a0\u00bb que nous avions commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir. On se sentait tout \u00e0 fait en continuit\u00e9 sur les principes, les objectifs, le projet global : mettre les pieds dans la t\u00eate !<\/p>\n

On sent que cela pourrait aller bien plus loin. Mais on est au d\u00e9but du chemin et ce chemin, s’il se poursuit, sera riche. En tout cas, tr\u00e8s intuitivement, na\u00efvement, j’ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9mu par ce spectacle, qui contribue, \u00e0 mon sens, \u00e0 notre \u00ab\u00a0humanit\u00e9 collective\u00a0\u00bb: se comprendre, se questionner, se parler, pour mieux vivre et agir ensemble !\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

1. Motivation des scientifiques Par Christiane Dampne, Journaliste culturelle Presse nationale : Mouvement & Stradda Auteure de documentaires de cr\u00e9ation sonore Amal\u00a0Chabli : J\u2019aime \u00eatre en contact avec des visions ext\u00e9rieures \u00e0 l’activit\u00e9 scientifique. Je suis tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9e par les questions soulev\u00e9es par la compagnie sur les m\u00e9canismes de notre pens\u00e9e. Cette interaction avec les […]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":{"footnotes":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/683"}],"collection":[{"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=683"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/683\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=683"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}