{"id":691,"date":"2014-05-28T07:54:06","date_gmt":"2014-05-28T06:54:06","guid":{"rendered":"http:\/\/hexagone2016.theatre-hexagone.net\/?page_id=691"},"modified":"2014-05-28T07:54:06","modified_gmt":"2014-05-28T06:54:06","slug":"les-artistes","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/les-artistes\/","title":{"rendered":"Les artistes"},"content":{"rendered":"

1. Intentions & objectifs des artistes<\/h2>\n

Par Christiane Dampne, <\/strong>Journaliste culturelle
\nPresse nationale : Mouvement & Stradda
\nAuteure de documentaires de cr\u00e9ation sonore<\/p>\n

\u00a0\u21d2<\/span> Une recherche sous forme de trilogie<\/strong><\/p>\n

L\u00e9o<\/strong>\u00a0: Si l’on remonte \u00e0 la gen\u00e8se de nos spectacles, la question initiale \u00e9tait : si on pouvait mettre les pieds dans l’espace qu’on a dans la t\u00eate, \u00e0 quoi \u00e7a pourrait ressembler ? Cette question se trame dans nos trois cr\u00e9ations. Elle est d\u00e9clin\u00e9e diff\u00e9remment.<\/p>\n

Le spectacle, le t de n-1<\/em> est issu des recherches consign\u00e9es par Cl\u00e9mence Gandillot dans son livre, De l\u2019origine des math\u00e9matiques<\/em>. Son credo : c\u2019est le d\u00e9calage entre la chose et l\u2019id\u00e9e de la chose qui cr\u00e9e le mouvement.<\/p>\n

Une question pos\u00e9e par Cl\u00e9mence au d\u00e9tour de ses travaux nous a conduit \u00e0 poursuivre la recherche. Si on pouvait mettre les pieds dans l\u2019espace qu\u2019on a dans la t\u00eate quand on fait des math\u00e9matiques, \u00e0 quoi \u00e7a pourrait ressembler ? Pour y r\u00e9pondre nous avons rencontr\u00e9 des chercheurs en math\u00e9matiques et les avons interrog\u00e9 sur leur m\u00e9dote : leur m\u00e9thode dans ce qu\u2019elle a de singulier, personnel voir a-m\u00e9thodique. Les mat\u00e9riaux r\u00e9colt\u00e9s nous ont permis de repr\u00e9senter l\u2019espace mental de plusieurs chercheurs dans l\u2019Ap\u00e9ro math\u00e9matiques<\/em>.<\/p>\n

Micka\u00ebl<\/strong>\u00a0: Dans l’Ap\u00e9ro<\/em>, les math\u00e9maticiens \u00e9taient notre objet de recherche. On les questionnait en s’occupant de ce qui se passait dans leur t\u00eate. Dans Fromage de t\u00eate,<\/em> on convie les scientifiques comme partenaires de notre recherche sur l\u2019espace mental et ses repr\u00e9sentations. Le rapport a chang\u00e9\u00a0: ils ne sont plus objet, mais sujet en jouant avec nous \u00e0 notre jeu, le CCMdlT (Comment \u00c7a Marche dans la T\u00eate), qui prend comme point de d\u00e9part les m\u00e9canismes de la pens\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire toutes les actions int\u00e9rieures qui mettent la t\u00eate en mouvement : le doute, le choix, l\u2019imagination, le souvenir\u2026 Chaque m\u00e9canisme est interrog\u00e9 selon plusieurs \u00e9tapes. D’autre part nous avons quitt\u00e9 les math\u00e9matiques en faisant appel \u00e0 des chercheurs en neurosciences, des psycho-cognitifs et des physiciens.<\/p>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>R\u00e9sider \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un centre de recherche pour recueillir des mat\u00e9riaux<\/strong><\/p>\n

Balthazar\u00a0<\/strong>: Notre compagnie s’est install\u00e9e pendant trois semaines dans des lieux de recherche diff\u00e9rents afin de recueillir paroles, id\u00e9es et t\u00e9moignages sur la mani\u00e8re dont naissent les id\u00e9es. Les chercheurs sont l\u00e0 et n\u2019ont pas \u00e0 se d\u00e9placer. Plusieurs groupes de scientifiques ont particip\u00e9 pendant deux journ\u00e9es pour approfondir une question en prenant appui sur le protocole CCMDLT.<\/p>\n

Mais l’invitation \u00e9tait faite aussi aux curieux de tout bord, \u00e9tudiants, administratifs, amis d’amis, regroup\u00e9s sous l’appellatif \u00ab\u00a0les attrap\u00e9s au vol\u00a0\u00bb entre midi et deux, selon un protocole plus court de 20 minutes. De pouvoir s\u00e9journer dans ce vivier facilite les contacts et les interceptions au passage\u00a0!<\/p>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>\u00a0Une d\u00e9marche\u00a0ing\u00e9nue & citoyenne<\/strong><\/p>\n

Micka\u00ebl<\/strong>\u00a0: Lorsque nous avons rencontr\u00e9 Cl\u00e9mence Gandillot, ce qui nous a plu, c’\u00e9tait son ing\u00e9nuit\u00e9 et son aplomb. Elle se pose les questions : pourquoi les math\u00e9matiques ? Qu’est-ce qu’une chose ? Et se pose des questions beaucoup plus grandes qu’elle. Nous nous inscrivons dans cette lign\u00e9e-l\u00e0 en nous posant des questions trop grandes pour nous\u00a0: la question CCMDLT est infinie.<\/p>\n

Balthazar\u00a0<\/strong>: M\u00eame si la question est plus grande que moi, je peux y r\u00e9pondre \u00e0 ma mani\u00e8re. C’est fondamental de s’approprier le probl\u00e8me et d’y prendre plaisir\u00a0! Nous n’avons pas toujours besoin d’avoir un attirail scientifique pour s\u2019autoriser \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une grande question. Chacun le fait \u00e0 sa mani\u00e8re, selon diff\u00e9rents niveaux, sans que l’un soit pr\u00e9dominant sur l’autre.<\/p>\n

L\u00e9o<\/strong>\u00a0: Le principe de notre d\u00e9marche ? Nous confronter aux questions sans l’arsenal philosophique et scientifique. Nous essayons de les regarder comme si on se les posait pour la premi\u00e8re fois. Nous partons de rien et avec tr\u00e8s peu d’outils : une feuille de papier et sa t\u00eate pour penser. Un d\u00e9nuement pour voir comment chacun peut s’approprier les questions, les faire siennes sans l’influence de r\u00e9f\u00e9rences. R\u00e9guli\u00e8rement les chercheurs \u00e9voquaient concepts et travaux mais nous pr\u00e9f\u00e9rions dans un premier temps les regarder \u00e0 ras, d’une mani\u00e8re innocente et na\u00efve.<\/p>\n

Recherche partenaires de jeu\u2026<\/p>\n

<\/h2>\n

2. L\u2019embl\u00e8me du campement<\/h2>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>Marquer son territoire par une signal\u00e9tique d\u00e9cal\u00e9e<\/strong><\/p>\n

Balthazar\u00a0<\/strong>: Il fallait trouver une signal\u00e9tique qui marque notre pr\u00e9sence tout en informant que nous n’\u00e9tions pas des chercheurs. Dans chacun de ces grands b\u00e2timents, les gens passent et sont occup\u00e9s par leurs missions. Il fallait donc les intercepter au passage avec un embl\u00e8me d\u00e9cal\u00e9, un \u00e9l\u00e9ment ludique. C’est Jean-Pierre Larroche, le sc\u00e9nographe du spectacle et directeur de la compagnie, qui a con\u00e7u des canadiennes avec une couleur r\u00e9tro de trois tailles diff\u00e9rentes. Les petites \u00e9taient mises sur socle et plac\u00e9es dans le hall et les \u00e9tages.<\/p>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>Le labo volant\u00a0<\/strong><\/p>\n

L\u00e9o<\/strong>\u00a0: Notre \u00ab\u00a0Labo volant\u00a0\u00bb, install\u00e9 dans une salle du Centre de recherche qui nous accueille, est constitu\u00e9 de feuilles blanches, de stylos, d’un grand tableau noir, de craies, d’un syst\u00e8me d’accroche pour les brouillons et d\u2019une cam\u00e9ra pour enregistrer les propositions de chacun des participants. C’est un labo \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et nomade qui s’est d\u00e9plac\u00e9 dans les trois lieux de r\u00e9sidence. C’\u00e9tait notre petit centre de recherche \u00e0 l’int\u00e9rieur d’un grand centre de recherche\u00a0!<\/p>\n

<\/h2>\n

3. Questions et m\u00e9thode de travail ?<\/h2>\n

\u00a0\u21d2<\/span> <\/strong><\/strong>L\u2019\u00e9laboration d\u2019une liste de questions<\/strong><\/p>\n

Balthazar<\/strong>\u00a0: Le jeu que nous avons d\u00e9ploy\u00e9 avec les chercheurs est le r\u00e9sultat d’un questionnement ludique que l’on pratique entre nous depuis longtemps et qui jalonne les spectacles pr\u00e9c\u00e9dents. Nous avons commenc\u00e9 avec Cl\u00e9mence Gandillot sur les objets math\u00e9matiques et leur relation au monde. Nous l’avons ensuite \u00e9tendu aux m\u00e9canismes de la pens\u00e9e. C’est une mani\u00e8re de travailler ensemble \u00e0 partir de r\u00e8gles du jeu pour faire \u00e9merger des id\u00e9es. Pour notre 3e<\/sup> pi\u00e8ce, nous avons eu envie de convier d’autres joueurs\u00a0!<\/p>\n

L\u00e9o<\/strong>\u00a0: Cette grande question CCMDLT qui nous int\u00e9resse depuis de nombreuses ann\u00e9es, il \u00e9tait n\u00e9cessaire de l’aborder par de petites portes d’entr\u00e9e, de pr\u00e9ciser un angle d’approche avec un focus sur un m\u00e9canisme de la pens\u00e9e. Par exemple on travaillait entre nous sur le doute qui amenait \u00e0 une autre question proche\u00a0: Comment \u00e7a marche dans la t\u00eate quand on ne comprend pas. Nous avons ainsi constitu\u00e9 entre nous une longue liste de questions que nous nous sommes pos\u00e9s\u00a0: Comment \u00e7a marche dans la t\u00eate quand on est concentr\u00e9 ? Quand on doute ? Quand on court apr\u00e8s le pr\u00e9sent ?… Cette liste nous l’avons affich\u00e9e dans notre labo volant en invitant les chercheurs \u00e0 ajouter leur propre question. C’est une liste infinie.<\/p>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>\u00a0La mise au point du protocole CCMDLT<\/strong><\/p>\n

Micka\u00ebl\u00a0: Le point de d\u00e9part c’est toujours\u00a0: CCMDLT qd on\u2026 Et la question se d\u00e9ploie dans le temps selon trois \u00e9tapes de 7 minutes. C\u2019est un protocole de recherche ludique qui part d\u2019un m\u00e9canisme de pens\u00e9e et que nous avons exp\u00e9riment\u00e9 dans notre groupe. Il permet en un temps resserr\u00e9 d\u2019accumuler des mat\u00e9riaux, de faire surgir des propositions, et d\u2019\u00e9laborer des repr\u00e9sentations de l\u2019espace mental et de ses m\u00e9canismes. Le temps est important : la contrainte de l’urgence stimule les id\u00e9es\u00a0! \u00c0 mi-parcours d\u2019une s\u00e9ance, nous cartographions l’ensemble des propositions saillantes, mati\u00e8re \u00e0 rebondir pour de nouvelles propositions, soit individuellement soit collectivement.<\/p>\n

\u21d2<\/span>\u00a0<\/strong>Des questions diff\u00e9rentes dans chaque session<\/strong><\/p>\n

Micka\u00ebl<\/strong>\u00a0: Parmi les nombreuses questions, nous avons d\u00e9cid\u00e9 d’en choisir quelques-unes pour les approfondir avec les scientifiques. Lors de la 1e<\/sup> session\u00a0nous avons travaill\u00e9 sur deux questions tr\u00e8s ouvertes : le doute avec un groupe de chercheurs, et l’imagination avec un autre groupe. Pour la 2e<\/sup> session, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de resserrer : tourner autour d’une id\u00e9e et prendre le temps de r\u00e9fl\u00e9chir. Lors de la 3e<\/sup> session, nous n’avons pas travaill\u00e9 sur un m\u00e9canisme de pens\u00e9e mais sur le processus lui-m\u00eame et sur la mani\u00e8re dont on pourrait relier six m\u00e9canismes : Douter\/ imaginer\/ tourner autour d\u2019une id\u00e9e \/ prendre le temps de r\u00e9fl\u00e9chir\/ croire \/ deviner.<\/p>\n

4. L\u2019influence du vocabulaire\u00a0: exp\u00e9rience \/ miniature<\/h2>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>Protocole \/ jeu<\/strong><\/p>\n

L\u00e9o<\/strong>\u00a0: Notre terme \u00ab\u00a0protocole\u00a0\u00bb est bien \u00e9videmment diff\u00e9rent du m\u00eame terme employ\u00e9 par les scientifiques. Le n\u00f4tre \u00e9tait d\u00e9cal\u00e9. Nous l’avons peut-\u00eatre utilis\u00e9 pour obtenir implicitement une l\u00e9gitimit\u00e9 aupr\u00e8s d\u2019eux. Mais nous avons aussi beaucoup employ\u00e9 le terme \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb qui sollicitait une autorisation \u00e0 jouer davantage. Nous avons navigu\u00e9 entre les deux mots.<\/p>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>La n\u00e9cessit\u00e9 de changer de vocable<\/strong><\/p>\n

Micka\u00ebl<\/strong>\u00a0: La derni\u00e8re \u00e9tape du protocole CCMLDT consiste \u00e0 proposer une forme ramass\u00e9e de notre r\u00e9flexion pour la partager avec le groupe. Nous avons appel\u00e9 cette forme \u00ab\u00a0exp\u00e9rience\u00a0\u00bb, commun au vocabulaire scientifique. Mais ce terme \u00e9tait trop proche d\u2019eux et induisait des propositions avec des r\u00e9sultats mesurables et quantifiables. Dans leur vocable, faire une exp\u00e9rience signifie\u00a0: mettre en place un protocole pour v\u00e9rifier une hypoth\u00e8se avec des dispositifs de mesure. Or, ce qui nous importait n’\u00e9tait pas une \u00e9tude quantitative et qualitative, mais le chemin parcouru et les questions soulev\u00e9es. Le mot \u00e9tait r\u00e9ducteur et \u00e7a nous laissait secs.<\/p>\n

\u00c0 partir du 2e<\/sup> bivouac nous avons alors repr\u00e9cis\u00e9 notre demande en employant le terme \u00ab\u00a0miniature\u00a0\u00bb, ouvert et polys\u00e9mique, qui entrouvre le spectre des possibles en laissant place \u00e0 l\u2019imaginaire. Il correspond bien au caract\u00e8re buissonnant du cerveau et peut accueillir de multiples formes. Enfin il contient la dimension du petit et nous voulions accorder une place aux petites choses, leur offrir la possibilit\u00e9 d’\u00eatre consid\u00e9r\u00e9es, c’est-\u00e0-dire qu’il n’y avait pas n\u00e9cessit\u00e9 de proposer un d\u00e9veloppement \u00e9labor\u00e9 avec des r\u00e9f\u00e9rences.<\/p>\n

La fabrication de miniatures sur les m\u00e9canismes de la pens\u00e9e est une mani\u00e8re de rendre tangible ce que le groupe fait ensemble. Mais comme ce terme ne faisait pas partie de leur vocable, il faisait toujours l\u2019objet d\u2019une demi-heure de discussion sur sa signification.<\/p>\n

\u21d2<\/span><\/strong> D\u00e9finition<\/strong><\/p>\n

Une miniature est un fragment qui a la forme qu\u2019on d\u00e9sire\u00a0: ce peut \u00eatre une phrase, l\u2019\u00e9nonciation d\u2019une id\u00e9e, un geste, une action sc\u00e9nique, un r\u00e9cit, une image, un graphique, un po\u00e8me, et \u00e7a peut aller jusqu\u2019\u00e0 devenir une exp\u00e9rience, un texte, une piste pour un dispositif sc\u00e9nique. Ce n’est pas forc\u00e9ment un r\u00e9sultat et cela peut \u00eatre une question. C\u2019est donc une micro repr\u00e9sentation de forme vari\u00e9e. Elle peut se d\u00e9ployer dans le temps ou non, mais elle a un d\u00e9but et une fin et demande de la concision. On lui donne un titre.<\/p>\n

Exemple d\u2019une miniature<\/em> sur le m\u00e9canisme\u00a0CCMDLT quand on prend le temps de r\u00e9fl\u00e9chir sous la forme d\u2019une phrase : \u00ab\u00a0Si le temps \u00e9tait une baignoire, on pourrait prendre son temps comme on prend son bain\u00a0!<\/p>\n

5. Posture, d\u00e9placement & territoire commun<\/h2>\n

\u00a0Micka\u00ebl\u00a0<\/strong>: Nous n’avons pas convoqu\u00e9 des scientifiques en tant que sp\u00e9cialistes mais comme joueurs de notre protocole, m\u00eame s\u2019ils sont tous sp\u00e9cialistes d’un domaine tr\u00e8s pointu. Par exemple lorsque nous avons \u00e9tudi\u00e9 le processus de la d\u00e9cision, nous n’avons pas fait appel \u00e0 un sp\u00e9cialiste de la question qui serait venu nous l\u2019expliquer. Ce n’est pas ce qui nous int\u00e9ressait. Leurs connaissances \u00e9taient incidentes, pas premi\u00e8res dans notre d\u00e9marche. Les groupes \u00e9taient pluridisciplinaires.<\/p>\n

\u00a0L\u00e9o<\/strong>\u00a0: En nous installant au sein de ces centres de recherche, nous \u00e9tions dans un processus d’immersion. Cela nous d\u00e9pla\u00e7ait dans les deux sens du terme : au sens propre, car nous n\u2019\u00e9tions pas chez nous et nous nous d\u00e9placions avec notre labo volant\u00a0dans chaque centre ; au sens figur\u00e9, car nous nous sommes confront\u00e9s \u00e0 des mani\u00e8res diff\u00e9rentes de penser.<\/p>\n

Nous avons aussi invit\u00e9s les chercheurs \u00e0 se d\u00e9placer un peu en entrant dans le labo des n+1<\/em>. En gardant le terme \u00ab\u00a0exp\u00e9rience\u00a0\u00bb, cela ne les d\u00e9pla\u00e7ait pas, alors que \u00ab\u00a0miniature\u00a0\u00bb les interrogeait et il fallait prendre chaque fois le temps de le d\u00e9finir ensemble.<\/p>\n

Nous ne sommes pas chercheurs, ils ne sont pas com\u00e9diens. Il \u00e9tait important de se fabriquer un territoire commun de recherche et cela a fonctionn\u00e9 car chacun s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 un peu.<\/p>\n

6. Vos \u00e9tonnements\u00a0<\/strong><\/h2>\n

\u00a0Balthazar\u00a0: J\u2019ai remarqu\u00e9 l’\u00e9tonnement des chercheurs par rapport \u00e0 notre rigueur alors qu’ils venaient s’amuser. Mon propre \u00e9tonnement va vers l’incroyable capacit\u00e9 \u00e0 inventer de tous. En peu de temps, notre protocole met la pens\u00e9e en route. Certains nous ont offert de vraies perles… L\u2019image du hamster d\u2019Amal Chabli me trotte encore en t\u00eate !<\/p>\n

7. Bilan & apports<\/h2>\n

L\u00e9o<\/strong>\u00a0: Nous avons form\u00e9 une \u00e9quipe avec les chercheurs et c’\u00e9tait bien agr\u00e9able car ils se sont pr\u00eat\u00e9s au jeu d’une belle mani\u00e8re. Au d\u00e9part ce n’\u00e9tait pas forc\u00e9ment \u00e9vident. On leur demandait de se d\u00e9placer et certains avaient un peu de m\u00e9fiance. Mais au final, on a r\u00e9ussi \u00e0 bien les embarquer dans notre aventure. J\u2019en suis heureux.<\/p>\n

Micka\u00ebl\u00a0<\/strong>: Parmi l’ensemble des chercheurs qui ont particip\u00e9, nous avons eu la chance d’avoir un \u00ab\u00a0noyau dur\u00a0\u00bb de huit scientifiques qui, malgr\u00e9 leur calendrier contraignant, sont venus deux jours dans chaque r\u00e9sidence. Quand on y pense, 3 x 2 jours sur l’ann\u00e9e, c’est peu, mais en m\u00eame temps c’est une implication cons\u00e9quente qui nous a permis de vraiment nous rencontrer et d’aller plus loin ensemble et plus rapidement.<\/p>\n

En se connaissant mieux et en comprenant mieux notre invitation de jeu avec une dimension fantaisiste assum\u00e9e, ils se sont donn\u00e9s l’autorisation d’inventer, d’emprunter d’autres chemins, d’exprimer leur subjectivit\u00e9. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 content de travailler avec des personnes aussi g\u00e9n\u00e9reuses. Une grande qualit\u00e9 relationnelle. Partager ce jeu avec eux fut savoureux. Nous avions plaisir \u00e0 nous retrouver \u00e0 chaque r\u00e9sidence.<\/p>\n

Nous osons le questionnement avec la m\u00eame innocence et aplomb que Cl\u00e9mence Gandillot. En ayant travaill\u00e9 avec de nombreux chercheurs, on se rend compte que nous sommes \u00e0 l’aube d’un savoir, les m\u00e9canismes du cerveau restent encore bien obscurs.<\/p>\n

Balthazar<\/strong>\u00a0: J’ai le souvenir de conversations passionnantes, d’une \u00e9mulation mutuelle o\u00f9 chacun rebondit sur la proposition de l’autre et de fous rires.\u00a0Cette exp\u00e9rience formidable constitue\u00a0\u00a0la mati\u00e8re premi\u00e8re<\/strong>\u00a0de notre spectacle qui s’est v\u00e9ritablement \u00e9crit \u00e0 partir de ces bivouacs.<\/p>\n

8. Choix du titre<\/h2>\n

Balthazar<\/strong>\u00a0: Notre titre provisoire \u00e9tait : \u00ab\u00a0n+1 formes en cours\u00a0\u00bb mais nous cherchions mieux. Jean-Pierre Larroche, sc\u00e9nographe du spectacle, eut un \u00e9clair avec \u00ab\u00a0Fromage de t\u00eate\u00a0\u00bb. Pourquoi l’avons-nous gard\u00e9 ? Car notre cr\u00e9ation est la r\u00e9sultante de toutes ces t\u00eates de chercheurs, l’agglom\u00e9ration de leurs propositions. D’autre part c\u2019est un titre intrigant qui tranche avec les pr\u00e9c\u00e9dents plus s\u00e9rieux. Il est \u00e0 l’image d’une pens\u00e9e ludique, joyeuse et libre qui caract\u00e9rise le spectacle. Enfin, il file la m\u00e9taphore culinaire de l’Ap\u00e9ro math\u00e9matique<\/em>.<\/p>\n

9. Fabrication du spectacle\u00a0: la nourriture des miniatures<\/h2>\n

\u00a0\u21d2<\/span> <\/strong>L’exposition des brouillons : montrer la fabrication<\/strong><\/p>\n

L\u00e9o\u00a0: Nous aimons l’id\u00e9e du brouillon car c\u2019est un premier acc\u00e8s \u00e0 la pens\u00e9e imm\u00e9diate, comme si la main suivait le fil de l’esprit. Et nous gardons tous les brouillons des chercheurs et des participants qui veulent bien nous les laisser. Nous avons \u00e9labor\u00e9 un syst\u00e8me d’accroche de ces brouillons sur une structure m\u00e9tallique pour les donner \u00e0 voir. Donner \u00e0 voir les germes d’une pens\u00e9e. Cet affichage fait partie de notre \u00ab\u00a0Labo volant\u00a0\u00bb \u00e0 l’int\u00e9rieur des r\u00e9sidences. L\u2019id\u00e9e est de montrer la fabrication du spectacle. Nous avons \u00e9galement affich\u00e9 de nombreux brouillons dans un espace adjacent \u00e0 la repr\u00e9sentation de Fromage de t\u00eate<\/em>. Les spectateurs curieux pouvaient ainsi d\u00e9couvrir nos premiers ingr\u00e9dients.<\/p>\n

\u21d2<\/span> <\/strong><\/strong>Le collectage de miniatures <\/strong><\/p>\n

Micka\u00ebl<\/strong>\u00a0: Avec chaque groupe, nous repartions avec 1 heure d’enregistrement des diff\u00e9rentes propositions, autant de pistes \u00e0 creuser pour notre cr\u00e9ation avec nos outils sc\u00e9niques. Riches de tous ces mat\u00e9riaux de pens\u00e9e, de toutes ces pistes de travail, chacun est reparti se frayer un chemin \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce vaste fatras. Nous prenions un temps d’\u00e9criture individuel avant de repartager collectivement notre propre collectage.<\/p>\n

Nous avons proc\u00e9d\u00e9 ainsi entre chaque r\u00e9sidence. Beaucoup de discussions entre nous en nous montrant nos propres miniatures. Le travail d’\u00e9quipe permettait alors de rebondir et de d\u00e9ployer telle ou telle miniature. Nos questions\u00a0: qu\u2019est ce qui peut faire th\u00e9\u00e2tre l\u00e0 dedans ? Qu\u2019est ce que j\u2019ai envie de voir en action ou d\u2019exp\u00e9rimenter ? Quelle forme lui donner\u00a0?<\/p>\n

Notre spectacle est truff\u00e9 de mani\u00e8re implicite ou explicite des propositions des scientifiques. Par exemple nous avons cit\u00e9 une exp\u00e9rience de Jean-Luc Schwarz sur le doute : notre alternance syst\u00e9matique entre \u00ab\u00a0flou\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0louf\u00a0\u00bb lorsqu’on les prononce successivement. Notre s\u00e9quence s\u2019appelle Louflou<\/em>\u00a0!<\/p>\n

Il a fallu aussi agencer l’ensemble construit sous forme de s\u00e9quences. Le spectacle raconte un jeu transpos\u00e9 au plateau de personnes qui cherchent en jouant.<\/p>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>Titres de quelques miniatures<\/strong><\/p>\n

Le casque \u00e0 id\u00e9es\u00a0; le si\u00e8ge de la r\u00e9flexion\u00a0; la th\u00e9orie gravitationnelle des id\u00e9es\u00a0; l\u2019abat-jour du temps\u00a0; la danse de l\u2019id\u00e9e\u00a0; la baignoire du temps\u2026<\/p>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>Autres nourritures<\/strong><\/p>\n

L\u00e9o<\/strong>\u00a0: Le catalogue de l’exposition Images de pens\u00e9e<\/em> (2011), de Marie-Haude Cara\u00ebs et Nicole Marchand-Zanartu, nous a beaucoup int\u00e9ress\u00e9s car il pr\u00e9sente des brouillons d’artistes, d’architectes, d’intellectuels : des extraits de carnets de notes et de croquis. Je me souviens notamment d’une page de Darwin de l\u2019Origine des esp\u00e8ces<\/em>.<\/p>\n

Pour une de mes miniatures – La nuit des id\u00e9es<\/em> \u2013 je suis all\u00e9 puis\u00e9 dans un texte de Joris-Karl Huysmans – A rebours<\/em> (1884) – en \u00e9cho au ph\u00e9nom\u00e8ne souvent exprim\u00e9 par les chercheurs de la nuit propice \u00e0 l’\u00e9mergence d’id\u00e9es.<\/p>\n

Balthazar<\/strong>\u00a0: Le film des Beatles Magical Mystery Tour<\/em> nous a accompagn\u00e9s pendant notre recherche en nous insufflant son esprit de fantaisie et de libert\u00e9. D’ailleurs John Lennon s’est invit\u00e9 plusieurs fois \u00e0 notre table avec les chercheurs, tant et si bien qu’il est devenu une miniature dans notre spectacle\u00a0!<\/p>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>Une \u00e9criture collective<\/strong><\/p>\n

L\u00e9o\u00a0<\/strong>: Fromage de t\u00eate<\/em> est l\u2019association de nombreuses id\u00e9es qui ont \u00e9merg\u00e9 pendant les CCMDLT. Le spectacle prend la forme d\u2019une s\u00e9rie de miniatures, br\u00e8ves s\u00e9quences qui mettent en jeu les rouages de la pens\u00e9e. Sur sc\u00e8ne, nous proposons une invention, une image, une exp\u00e9rience, entra\u00een\u00e9s dans une recherche o\u00f9 les tentatives et les \u00e9checs sont aussi justifi\u00e9s que les id\u00e9es formidables\u00a0! Ensemble, nous dessinons une cartographie imaginaire de l\u2019espace mental d\u2019une immense t\u00eate, son fonctionnement, ses m\u00e9canismes.<\/p>\n

Balthazar<\/strong>\u00a0: Le spectacle s’est construit avec nos propres miniatures et celles des chercheurs. C’est un va-et-vient entre l’intime et le collectif. Le partage des propositions offre un \u00e9clairage tr\u00e8s vari\u00e9 sur la question et l’\u00e9change qui suivait permettait le rebond. Une d\u00e9marche \u00e0 l’image d’une recherche bondissante, loin de l\u2019image du chercheur solitaire enferm\u00e9 dans son labo\u00a0!<\/p>\n

Micka\u00ebl<\/strong>\u00a0: Notre sp\u00e9cificit\u00e9 par rapport \u00e0 d’autres compagnies ? Notre \u00e9criture collective qui conserve l\u2019individualit\u00e9 de chacun. C’est une \u00e9criture qui nous met en jeu. Puis nous avons fait appel \u00e0 Catherine Pavet pour la mise en sc\u00e8ne et Jean-Pierre Larroche s\u2019est occup\u00e9 de la sc\u00e9nographie.<\/p>\n

\u21d2<\/span> <\/strong>3 mois de travail<\/strong><\/p>\n

L\u00e9o<\/strong>\u00a0: A ces 3 semaines de r\u00e9sidence, se sont ajout\u00e9es 9 semaines de travail r\u00e9parties dans le temps entre \u00e9criture individuelle, mise en commun, r\u00e9p\u00e9tition sur le plateau et fabrication du d\u00e9cor.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

1. Intentions & objectifs des artistes Par Christiane Dampne, Journaliste culturelle Presse nationale : Mouvement & Stradda Auteure de documentaires de cr\u00e9ation sonore \u00a0\u21d2 Une recherche sous forme de trilogie L\u00e9o\u00a0: Si l’on remonte \u00e0 la gen\u00e8se de nos spectacles, la question initiale \u00e9tait : si on pouvait mettre les pieds dans l’espace qu’on a […]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":{"footnotes":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/691"}],"collection":[{"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=691"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/691\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=691"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}