{"id":999,"date":"2014-06-05T14:50:54","date_gmt":"2014-06-05T13:50:54","guid":{"rendered":"http:\/\/hexagone2016.theatre-hexagone.net\/?page_id=999"},"modified":"2014-06-05T14:50:54","modified_gmt":"2014-06-05T13:50:54","slug":"experimenta-2013","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/hexagonarts.eu\/hexagone-2016\/experimenta-2013\/","title":{"rendered":"EXPERIMENTA 2013"},"content":{"rendered":"

Port\u00e9e et limites d\u2019une d\u00e9marche d\u2019innovation ouverte. Le cas du salon EXPERIMENTA et des processus cr\u00e9atifs arts-sciences<\/strong><\/span><\/p>\n

Rapha\u00ebl Besson<\/strong> |<\/strong><\/span> Chercheur associe au Laboratoire PACTE et Fondateur de l\u2019Agence Villes Innovations (Grenoble, Madrid)*<\/strong>.<\/p>\n

L\u2019id\u00e9e selon laquelle les arts et les sciences seraient des mondes herm\u00e9tiques et d\u00e9limit\u00e9s par une fronti\u00e8re nette r\u00e9siste difficilement \u00e0 un examen rapide de l\u2019histoire de l\u2019art. Dans la Gr\u00e8ce Antique, le mot \u00ab techn\u00e9<\/em> \u00bb signifiait \u00e0 la fois l\u2019art et la technique. A la Renaissance, les artistes \u00e9taient de fins connaisseurs des d\u00e9couvertes scientifiques de leur temps. C’est \u00e9videmment le cas de L\u00e9onard de Vinci, \u00e0 la fois peintre, musicien, scientifique et inventeur, ou encore de Piero della Francesca, un math\u00e9maticien r\u00e9put\u00e9 et c\u00e9l\u00e8bre peintre de la perspective.<\/p>\n

Au XIXe si\u00e8cle, le d\u00e9veloppement des nouvelles techniques acc\u00e9l\u00e8re les opportunit\u00e9s de rencontre(s) entre arts et sciences. L\u2019apparition des couleurs industrielles permet aux impressionnistes de peindre en plein air. D\u2019autres artistes utilisent le sch\u00e9ma chromatique du chimiste Chevreul pour magnifier les couleurs compl\u00e9mentaires. L\u2019invention de la photographie transforme l\u2019univers de la peinture qui perd sa fonction de repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 pour se r\u00e9inventer, \u00e0 travers le courant impressionniste notamment. Les expositions universelles de Londres et Paris, permettent de mettre en sc\u00e8ne et de th\u00e9oriser les rencontres entres arts, sciences et industries. Gottfried Semper par exemple, \u00e0 travers l\u2019ouvrage Practical Art in Metals and Hard Materials<\/em> propose son projet de mus\u00e9e id\u00e9alpour \u00ab\u00a0stimuler l\u2019invention contemporaine\u00a0\u00bb<\/em>. Ainsi encourage-t-il les ph\u00e9nom\u00e8nes de transfert et d\u2019hybridation entre les diff\u00e9rents domaines de la cr\u00e9ation\u00a0: l\u2019art, le textile, la c\u00e9ramique, la charpenterie, la ma\u00e7onnerie et l\u2019architecture.
\nAu d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, les nouvelles g\u00e9om\u00e9tries comme la \u00ab\u00a0Quatri\u00e8me dimension\u00a0\u00bb, influencent le mouvement cubiste. Les collaborations entre Arts, Sciences et Technologies sont par la suite formalis\u00e9es \u00e0 travers la cr\u00e9ation du Bauhaus, d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Experiments in Art and Technology\u00a0\u00bb \u00e0 New York dans les ann\u00e9es 60, et plus r\u00e9cemment du Massachusetts Institute of Technology (MIT) \u00e0 Boston, d\u2019A10lab \u00e0 Londres, du Medialab Prado \u00e0 Madrid ou encore du New Laboratoria \u00e0 Moscou.
\nCes diff\u00e9rents exemples permettent de mieux appr\u00e9hender la longue tradition d\u2019\u00e9changes entre recherche scientifique et pratiques artistiques. Or ces relations connaissent actuellement un processus d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration et de transformation, g\u00e9n\u00e9rant de nouvelles innovations et probl\u00e9matiques. C\u2019\u00e9tait l\u00e0 tout l\u2019enjeu du salon EXPERIMENTA, qui exposa du 10 au 12 octobre 2013 \u00e0 Grenoble les derni\u00e8res cr\u00e9ations Arts-Sciences-technologies.<\/p>\n

1. Origine et principaux objectifs du Salon EXPERIMENTA<\/strong><\/span><\/p>\n

EXPERIMENTA a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 il y a trois ans dans le cadre de l\u2019Atelier Arts Sciences, r\u00e9unissant l\u2019Hexagone de Meylan, le CEA et, depuis 2011, le CCSTI de Grenoble-La Casemate. Pour sa troisi\u00e8me \u00e9dition, ce salon de rencontre entre arts, sciences et technologies, s\u2019est tenu \u00e0 la Maison MINATEC et \u00e0 l\u2019Atelier Arts Sciences. En trois jours, le salon a accueilli plus de 5 500 visiteurs.
\nPlus encore qu\u2019un espace de rencontres, d\u2019\u00e9changes ou de confrontations entre l\u2019art et la science, EXPERIMENTA est fond\u00e9 sur la volont\u00e9 d\u2019effacer les fronti\u00e8res entre arts, sciences et technologies. Le pluriel est ici sciemment utilis\u00e9, puisque sont concern\u00e9s les arts plastiques et num\u00e9riques, les arts du spectacle, les industries cr\u00e9atives, les sciences dures et les sciences humaines et sociales. Les technologies sont nombreuses et int\u00e9ressent des champs aussi divers que la robotique, la r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e, la captation de mouvement, l\u2019internet mobile, les objets connect\u00e9s ou encore les syst\u00e8mes RFID (Radio Frequence Identification<\/em>).
\nPar ailleurs EXPERIMENTA s\u2019appuie largement sur l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me d\u2019innovation de l\u2019agglom\u00e9ration grenobloise et de la R\u00e9gion Rh\u00f4ne-Alpes. Ce territoire offre une concentration exceptionnelle de ressources scientifiques, socio-\u00e9conomiques, artistiques ou culturelles. Dans ce cadre, EXPERIMENTA 2013 a cherch\u00e9 \u00e0 valoriser et mettre en mouvement ces ressources, notamment \u00e0 travers l\u2019organisation de rencontres impr\u00e9vues et potentiellement cr\u00e9atives.
\nUn dernier objectif d\u2019EXPERIMENTA a consist\u00e9 \u00e0 stimuler les processus de production et de diffusion d\u2019innovations. A cet \u00e9gard, il \u00e9tait attendu des artistes qu\u2019ils s\u2019inspirent des pratiques scientifiques pour les mettre en sc\u00e8ne, les d\u00e9tourner et les rendre par l\u00e0 m\u00eame intelligibles pour le grand public. Le regard critique et d\u00e9cal\u00e9 des artistes \u00e9tait \u00e9galement sens\u00e9 ouvrir de nouveaux d\u00e9fis technologiques aux chercheurs.<\/p>\n

2. Du Salon au Living Lab, ou comment d\u00e9passer le d\u00e9terminisme technologique\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n

\u00a0Le d\u00e9terminisme technologique, c\u2019est l\u2019id\u00e9e selon laquelle les innovations technologiques d\u00e9terminent m\u00e9caniquement des effets positifs ou n\u00e9gatifs sur le reste de la soci\u00e9t\u00e9. Dans cette perspective, la technologie influence la soci\u00e9t\u00e9, sans pour autant que la soci\u00e9t\u00e9 ne soit en mesure d\u2019influencer en retour la technologie (suppos\u00e9e \u00e9voluer de mani\u00e8re autonome).
\nCette conception d\u00e9terministe est aujourd\u2019hui largement remise en cause par un certain nombre de sociologues, philosophes ou \u00e9conomistes. Pour Bernard Stiegler, le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des innovations n\u00e9cessite la cr\u00e9ation d\u2019espaces d\u2019interactions entre les technologies et la soci\u00e9t\u00e9, afin que la soci\u00e9t\u00e9 ait le temps de faire des innovations un v\u00e9ritable apprentissage social. D\u2019autres auteurs, comme Eric Von Hippel[1]<\/sup><\/sup>, partent du constat que c\u2019est l\u2019usage des innovations technologiques qui cr\u00e9e leur valeur sociale, \u00e9conomique ou culturelle. D\u00e8s lors, la soci\u00e9t\u00e9 doit \u00eatre en mesure de co-produire et de d\u00e9tourner les innovations, afin de g\u00e9n\u00e9rer des innovations plus riches et originales que celles initialement imagin\u00e9es par les concepteurs.
\nC\u2019\u00e9tait l\u00e0 tout l\u2019enjeu d\u2019EXPERIMENTA 2013, qui pour sa troisi\u00e8me \u00e9dition s\u2019est r\u00e9solument inscrit dans une d\u00e9marche de Living Lab<\/em><\/strong>. Port\u00e9 par le CCSTI de Grenoble- La Casemate, ce \u00ab\u00a0laboratoire vivant \u00bb a fonctionn\u00e9 tout au long de l\u2019ann\u00e9e 2013, selon les quatre \u00e9tapes suivantes :<\/p>\n

2.1. La co-production en amont de certains prototypes<\/em><\/strong><\/p>\n

\u00a0Des rencontres entre artistes, entrepreneurs, ing\u00e9nieurs, chercheurs en sciences sociales et en sciences dures ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es tout au long de l\u2019ann\u00e9e. De ces \u00e9changes ont \u00e9merg\u00e9 un certain nombre de projets comme Waves<\/em><\/strong> n\u00e9 du rapprochement entre le collectif d\u2019artistes Coin et l\u2019entreprise Air Star International, sp\u00e9cialis\u00e9e dans les ballons \u00e9clairants. L\u2019\u0153uvre Reflet<\/em><\/strong> s\u2019est quant \u00e0 elle d\u00e9velopp\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention de l\u2019artiste Lionel Palun sur une technologie infrarouge du CEA.<\/p>\n

2.2. Le maquettage \/ prototypage<\/em><\/strong><\/p>\n

\u00a0Un certain nombre d\u2019installations d\u2019EXPERIMENTA ont \u00e9t\u00e9 prototyp\u00e9es au Fab Lab de la Casemate, comme par exemple la borne num\u00e9rique Living Map<\/em><\/strong> du P\u00f4le Sup\u00e9rieur de Design de Villefontaine ; la maquette Building Management System<\/em> <\/strong>de Polytech Grenoble, ou encore le<\/em><\/strong> moule du gant interactif<\/strong><\/em> du beatboxer EZRA.<\/p>\n

2.3. Le test et l\u2019\u00e9valuation des prototypes<\/em><\/strong><\/p>\n

Cette troisi\u00e8me \u00e9tape du dispositif Living Lab s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e du 10 au 12 octobre 2013, lors du salon EXPERIMENTA. Elle a permis au public de tester douze prototypes Arts-Sciences-Technologies, et d\u2019en \u00e9valuer la port\u00e9e sociale, artistique, culturelle, urbaine et\/ou environnementale.<\/p>\n

Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, quatre prototypes par jour \u00e9taient test\u00e9s par les visiteurs en fonction des th\u00e9matiques suivantes :<\/p>\n